mardi 16 juin 2009

16 juin - Premier courriel



Bonjour à vous tous, amis/connaissances/collègues/maris-passés-présents-ou-futurs/membres-de-ma-famille/veau/vache/cochon/couvée,

Comme vous le voyez, vous êtes toute sorte de monde à recevoir de mes nouvelles par courriel...   Les ceuzes qui me connaissent bien parmi vous ne seront pas trop étonnés des gnaiseries que je peux écrire et du plaisir (presque indécent) que j’y trouve ni de la qualité douteuse de ma langue écrite; les autres, soit…
A)  vous serez scandalisés et vous ne lirez plus jamais ce que je vais vous envoyer;
B)  vous allez vous dire qu’il est bien que je sois partie terroriser une autre partie de ce monde;
C)  vous allez avoir hâte que je revienne pour qu’on se fasse des câlins. 
D)  toutes ces réponses
Examen à choix multiple ici.

Où suis-je ?

Comme a déjà dit Piton Ruel, «y’en aura pas de faciles!»… (pour les sportivement ignares – et je sais que vous êtes nombreux –, Piton Ruel est un ancien coach du Canadien et le Canadien, c’est l’équipe de hockey de Montréal et le hockey, c’est un sport qui se joue l’hiver… quoi que la coupe Stanley vient d’être gagnée, le 12 juin.  Hiver?  Ouan…  Pis si vous connaissez pas la coupe Stanley, ça va encore plusse mal que je le pensais…)
Mon valeureux chevalier de père – et sa non moins chevalière de compagne – m’ont déposée sur le trottoir de l’aérogare de Montréal, en ce dimanche, jour du Seigneur, tusuite après l’heure de la messe.  Mon vol, un «United Airlines» en partance pour Newark n’existe pas.  Ça commence bien, je trouve.  C’est pourtant ça que j’ai d’écrit sur mon tiquette.  Au comptoir de United, on me dit que le vol est opéré (à la vésicule biliaire) par Air Canada.  Conclusion: je dois me rendre au comptoir d’Air Canada.  Ce que je fais, vous vous en doutez bien.  Là, je tombe sur une stagiaire qui a du mal à parler français (je vous rappelle, au cas z’où vous auriez déjà oublié, que je suis au comptoir d’Air Canada de l’aéroport de Montréal).  Pis comme j’ai trois vols alignés, elle doit programmer ma valise pour Montréal-Newark (sur Air Canada), Newark-Lisbonne (sur TAP) et Lisbonne-Séville (sur TAP itou).  Au moins, ma valise se rendra.  Quand?  Aucune idée.  Surtout si l’ombre de Richard-que-ses-valises-se-rendent-jamais-du-premier-coup plane sur moi, mêgne si j’ai juste une valise, la moyenne.  Geneviève pourrait en témoigner: elle en revenait pas que je réussisse à wéyager si léger, moi qui partais pour 7 semaines…  Une chance que je suis d’une patience d’ange et que mes habitudes de prof refont surface: ben oui, faut ben qu’elle apprenne cette petite-là.  D’autant plus que son coach était un Nespagnol de Séville (qui wéyait ben, sur mon tiquette, que je m’en allais t’à Séville) et qui m’a jasé de l’Andalousie, pendant que sa petite essayait de se démerder avec ma valise et le collant qu’il fallait mettre dessus.
Je finis par avoir une seule carte d’embarquement (je vous rappelle que j’ai 3 vols), celle qui me permettra d’aller de Mourial t’à Newark.  Après, c’est à Newark que je devrai demander les 2 autres.  Me fout la chienne un peu.  La dernière fois que c’est arrivé, une affaire de même, on était 16 à Londres pis on a raté la connexion…  Je ferai 2-3 prières, génuflexion comprises, ça nuira sûrement pas.
J’embarque dans le Air Canada Jazz.  Heureusement, c’est pas plein faque chus tuseule sur mon banc à deux.  Chus pas sitôt assise que ça me tente de dormir.  Faut dire que les dernières semaines ont été particulièrement t’éprouvantes.  Sauf que…  Ben quin.  Ça commence… (Richard!!!  Sors de ce corps!!!)  Le pilote nous annonce que Newark ne nous autorise pas à décoller alors on va aller tuer le temps dans l’aire de dégivrage (en plein juin!).  Il est 14h05.  On aura des nouvelles à 15h.  Décollera?  Décollera pas?  Je demande au waiter-de-l’air: «Qu’est-ce qui se passe si je manque ma connexion?» (chat échaudé craint l’eau-on-ne-sait-plus-trop-quelle-température).  Comme il y a un vol par jour Newark-Lisbonne, c’est normal que je m’inquiète, non?  «On va vous mettre sur le prochain vol qui va vers votre destination finale, mais ça ne passera peut-être pas par où vous pensiez…»  Chouette.  Je me voyais déjà à Amsterdam ou à Londres… pendant que ma valise errait de par le monde, abandonnée.  Bon, OK, je peux être Drama Queen, moi aussi, quand je veux !  J’ai quand même encore de la marge de manœuvre, si on nous fait pas gnaiser dans l’aire de dégivrage trop longtemps.  15h: on nous annonce notre départ imminent.  Et ce qui devait arriver arriva: on a sacré notre camp, une heurédmi après l’heure prévue.
J’ai à peine sommeillé pendant l’heure entre Montréal et Newark et j’ai ouvert l’œil (le gauche) au moment où on passait le long de New York pour aller atterrir l’autre bord de la rivière.  Vous dire que c’était beau!!!  Y’a un bon dieu pour les Julie de ce monde qui voyagent le jour du Seigneur…  Quelle vue ex-tra-or-di-nai-re sur New York!!!  C’était beau, c’était beau, c’était beau, je vous le jure.  Me croyez-vous?
En arrivant à Newark, j’ai pas trop compris pourquoi, mais il fallait sortir de la zone protégée pour aller chercher la carte d’embarquement au comptoir de TAP-Portugal.  Une chance qu’il me restait du temps.  J’ai dû repasser tous les contrôles américains et je me suis fait fouiller un sac.  Je pensais que c’était à cause des seringues que je dois trainer (et utiliser!).  Ben non, cibole! (je pense qu’y’a personne qui les voit, ces seringues-là, au rayon X…  En tout cas, on m’en parle jamais…)  C’était à cause d’une demi bouteille d’eau que j’avais apportée de Mourial.
On embarque dans un Airbus 330, le même modèle qui a crashé dans l’Atlantique y’a deux semaines.  Bof.  Je suis assise au 12D.  Devant moi, un couple d’Américains qui, quand le savoir-vivre est passé, ils étaient visiblement partis à la toilette. Le Monsieur a mis du stock dans le compartiment au-dessus de nous et a tout écrasé mon sac, le sac de la madame portugaise à côté de moi et le chapeau de paille de ladite madame.  Pis là, sa femme l’a engueulé parce qu’elle n’avait pas eu le temps de prendre son cahier de mots croisés dans le sac alors elle est montée debout sur le siège pour prendre ledit cahier dans ledit sac, tout en continuant d’écraser notre stock.  Une chance que j’avais rien de fragile là-dedans…  Pis, évidemment, quand on est arrivé à Lisbonne, y’ont pas attendu que le signal de la ceinture de sécurité soit éteinte avant de se lever – y se sont fait avertir par la waitrisse-de-l’air – et y’ont chialé tout le temps d’attente pour montrer nos passeports.  Pis là, j’ai entendu la femme dire à son mari: «On est en vacances, mais ça commence mal si y’a des lignes qui vont plus vite que la nôtre…»  Fus-je-tu découragée de l’humanité, moi, à 5h45, lundi matin…

Le vol pour Lisbonne s’est bien passé.  J’ai même réussi à dormir un peu.  Enfin, je pense.  Après le souper (y’était 20h30), j’ai sorti mes bouchons, mon loup, mon noreiller gonflabe, pis je me sus couverte avec la couverte de TAP (y faisait tellement frette, vous z’avez pas idée!!!), pis je me suis arrangée pour essayer de penser à rien.  Ça a plus ou moins marché parce que j’ai chanté la dernière toune d’Annie Villeneuve dans ma tête, non stop. (là, juste parce que j’en parle, ça me revient pas, mais je ferai pas exiprès pour que ça revienne…)  Mais un moment donné, j’ai décidé de regarder l’heure pis y’était rendu 23h.  Ça devait être que j’avais arrêté de chanter un peu, ça. On a eu un peu de turbulence icittrélà, mais rien pour me stresser, moi qui n’est pas plusse brave que ça en avion.  Pis j’ai vécu quetchose que j’avais jamais vécu avant: sur le nez de l’avion, y’a une caméra.  Ce qui fait que quand on décolle pis on natterrit, on voit (sur les tizécrans sur le chiège devant nous) ce que le nez de l’avion voit.  C’est super sharpe.  Pis quand on a décollé, la caméra filme le sol: voir la terre s’éloigner, les maisons devenir toutes petites, c’est tellement tripant, j’aurais regardé ça tout le temps.  C’est juste qu’un moment donné, regarder l’Atlantique à 35 000 pieds, ça vient dolle.
Je me suis aussi forcée à pas écouter le monde parler en portugais (je veux dire, à pas essayer de trouver des mots que je pourrais reconnaître) parce que je veux pas me mêler avec l’espagnol.  Chus déjà assez mélangée de mêgne.  Je pense sincèrement que je suis en train de me guirer espagnol (c’est Oscar-le-prof, mon prof, qui sera content) parce que quand les gens me parlent en portugais, ça parait dans ma face que je comprends rien.  Alors, ils virent en anglais.  Et j’ai envie de leur répondre en nespagnol…  J’espère jusse qu’après un mois passé en Nespagne, mes deux semaines au Portugal viendront pas toute gâcher.  Faudrait que je continusse à jouer l’innocente.  Inquiétez-vous pas: chus capade.

Qu’est-ce qu’on peut ben faire, dans un aéroport, à 6h du matin quand qu’on a à peu près pas dormi de la nuit?  J’ai erré.  J’ai bu un café con leite (ça y est: c’est du portugais!  Merde!).  Oui, oui, un café. C’est Anne qui va être surprise…  Me sus acheté du parfum à la boutique hors taxe.  J’ai envoyé un texto à Jean pour lui dire que j’étais sur son continent.  J’ai pensé à vous autres, mais je vous ai laissé dormir.  J’espère que vos oreilles ont pas trop silé pour vous réveiller.  Pis même si je suis hyper fatiguée (et que j’ai tendance à être plus facilement décourageable dans ce temps-là), j’ai trouvé le moyen de me trouver privilégiée.  De partir en Neurope.  De partir pendant 7 semaines, même si vous allez me manquer.  De savoir que je pouvais vous écrire pour vous raconter mes gnaiseries.  De savoir que, malgré les courriels, il y aura les cartes postales.  Des cours d’espagnol passés et futurs.  De l’appartement qui m’attend à San Fernando.  De Sourya et Pascale qui vont venir crécher dans mon chez-nous espagnol.  De Lizanne et des autres que je vais retrouver pour le colloque à Braga.  Des tapas, du vino de verano ou du porto dont je vais me gaver dans les prochaines semaines.  Mautadine que la vie est belle… (Bon, Julie, arrête, tu vas verser dans le sentimentalisme…)

Avion numéro 3:  Lisbonne-Séville.  40 minutes à se faire brasser le camarade parce qu’on a volé presque tout le temps dans les nuages.  Pis un ti t’avion comme ça, ben, ça pogne dans le vent.  C’est comme les petits chars sur l’autoroute.  On débarque à Séville, en plein milieu d’un champ en sphate.  Y’a rien à faire, ça me fait penser aux magnifiques transbordeurs qu’on avait à Mirabel.  Sauf que là, on débarque direct sur le tarmac, pis on monte dans un autobus qui nous charrie.  Pis là, j’ai levé les yeux au Ciel en criant, intérieurement: « Yes!!! »  Pourquoi?  Parce que j’ai vu ma valise, avec sa courroie verte, sortir de l’avion sur un titapis roulant!!!  Et j’ai eu une pensée pour Richard.  Je viens de faire 3 vols, dont 2 dans des petits coucous pis les 2 derniers avec un mauvais tag de valise qu’ils ont changé à Newark, pis je récupère ma valise!  Allah est grand.

Je fais rapidement connaissance avec Arturo et Maria, mes échangistes.  Sont charmants.  Je m’en doutais parce qu’Arturo a bien pris soin de moi, dans nos échanges courriels.  Je vous jure: j’ai l’air d’Obélix à côté d’euzautres.  Y’en a pas un des deux qui tape son cinq pieds.  Ça doit faire 4,9-10, pas ben plusse.  Pis je vais vous avouer quelque chose: je m’impressionne.  Je suis fatiguée sans bon sens (j’ai dormi 3h30 la nuit avant de partir et, selon toute vraisemblance, 2h dans l’avion pour ma dernière nuit), mais je comprends pas mal ce qu’Arturo me dit.  Pis je parle en nespagnol moi aussi.  Ça sort pas toute de façon kochère, mais malgré tout, je pense qu’Oscar-le-prof serait content.  Content que j’essaye sans trop me poser de questions, même si je m’en pose en maudine.  Mais comme j’ai pas le temps de trouver une réponse (genre, là, c’est-tu le pretérito indefinido ou le pretérito perfecto que je devrais utiliser?), je dis quelque chose, n’importe quoi.  Pis soit qu’y sont ben polis pis qu’y montrent pas qu’y comprennent rien, soit qu’ils font des efforts surhumains pour comprendre, soit qu’ils comprennent malgré tout.  Disons que c’est avec elle que j’ai plus de misère.  Je comprends RIEN de ce qu’elle dit, alors que j’estime ma compréhension d’Arturo à 80%.  Misère.  Elle m’a jasé ça, cet après-midi, en revenant de Cadix dans l’autobus (parce que oui, malgré ma fatigue épouvantable, on a pris l’étobus pis on est allé marcher pendant deux heurs à Cadix…), que j’ai e-rien compris, mes amis.  Mais e-rien.  Quand on a débarqué devant l’immeuble où je vais établir mes quartiers, je me sentais comme une bouteille de Coke trop brassée: flatte et tiède.

L’appartement est chouette: on a une belle vue sur la ville (j’habite au 8e sur 8).  C’est une banlieue neuve autour… mais l’appartement a l’air d’un appartement de vieux.  C’est pas méchant ce que je dis là, mais ça a l’air du monde qui ont ramassé des affaires pendant ben longtemps.  Remarquez que je suis assez mal placée pour chialer sur le monde qui ramassent leurs affaires…  C’est sur le marbre partout, ça c’est dur pour mon vieux dos.  Mais je serai fort bien installée.

Bon, ça va faire.  Il est 22h40 ici et il serait temps que je pense à me mettre à l’horizontale.  J’ai mes 22 heures de voyagement dans le corps et le manque de sommeil des derniers jours…  Faque…

Pas pire, hein?  Chus capable d’écrire un super long courriel avec 22 heures de vie.  Maginez 7 semaines!!!

Je vous embrasse, chers amis.  Surveillez vos boîtes aux lettres !

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