Bonjour à vous
tous,
amis/connaissances/collègues/maris-passés-présents-ou-futurs/membres-de-ma-famille/veau/vache/cochon/couvée,
Comme vous le
voyez, vous êtes toute sorte de monde à recevoir de mes nouvelles par
courriel... Les ceuzes qui me
connaissent bien parmi vous ne seront pas trop étonnés des gnaiseries que je
peux écrire et du plaisir (presque indécent) que j’y trouve ni de la qualité
douteuse de ma langue écrite; les autres, soit…
A) vous serez scandalisés et vous ne lirez plus
jamais ce que je vais vous envoyer;
B) vous allez vous dire qu’il est bien que je
sois partie terroriser une autre partie de ce monde;
C) vous allez avoir hâte que je revienne pour
qu’on se fasse des câlins.
D) toutes ces réponses
Examen à choix
multiple ici.
Où suis-je ?
Comme
a déjà dit Piton Ruel, «y’en aura pas de faciles!»… (pour les
sportivement ignares – et je sais que vous êtes nombreux –, Piton Ruel est un
ancien coach du Canadien et le Canadien, c’est l’équipe de hockey de Montréal
et le hockey, c’est un sport qui se joue l’hiver… quoi que la coupe Stanley
vient d’être gagnée, le 12 juin.
Hiver? Ouan… Pis si vous connaissez pas la coupe Stanley,
ça va encore plusse mal que je le pensais…)
Mon
valeureux chevalier de père – et sa non moins chevalière de compagne – m’ont
déposée sur le trottoir de l’aérogare de Montréal, en ce dimanche, jour du
Seigneur, tusuite après l’heure de la messe.
Mon vol, un «United Airlines» en partance pour Newark
n’existe pas. Ça commence bien, je
trouve. C’est pourtant ça que j’ai
d’écrit sur mon tiquette. Au comptoir de
United, on me dit que le vol est opéré (à la vésicule biliaire) par Air
Canada. Conclusion: je dois me
rendre au comptoir d’Air Canada. Ce que
je fais, vous vous en doutez bien. Là,
je tombe sur une stagiaire qui a du mal à parler français (je vous rappelle, au
cas z’où vous auriez déjà oublié, que je suis au comptoir d’Air Canada de
l’aéroport de Montréal). Pis comme j’ai
trois vols alignés, elle doit programmer ma valise pour Montréal-Newark (sur
Air Canada), Newark-Lisbonne (sur TAP) et Lisbonne-Séville (sur TAP itou). Au moins, ma valise se rendra. Quand?
Aucune idée. Surtout si l’ombre
de Richard-que-ses-valises-se-rendent-jamais-du-premier-coup plane sur moi,
mêgne si j’ai juste une valise, la moyenne.
Geneviève pourrait en témoigner: elle en revenait pas que je
réussisse à wéyager si léger, moi qui partais pour 7 semaines… Une chance que je suis d’une patience d’ange
et que mes habitudes de prof refont surface: ben oui, faut ben qu’elle
apprenne cette petite-là. D’autant plus
que son coach était un Nespagnol de Séville (qui wéyait ben, sur mon tiquette,
que je m’en allais t’à Séville) et qui m’a jasé de l’Andalousie, pendant que sa
petite essayait de se démerder avec ma valise et le collant qu’il fallait
mettre dessus.
Je
finis par avoir une seule carte d’embarquement (je vous rappelle que j’ai 3
vols), celle qui me permettra d’aller de Mourial t’à Newark. Après, c’est à Newark que je devrai demander
les 2 autres. Me fout la chienne un
peu. La dernière fois que c’est arrivé,
une affaire de même, on était 16 à Londres pis on a raté la connexion… Je ferai 2-3 prières, génuflexion comprises,
ça nuira sûrement pas.
J’embarque
dans le Air Canada Jazz. Heureusement,
c’est pas plein faque chus tuseule sur mon banc à deux. Chus pas sitôt assise que ça me tente de
dormir. Faut dire que les dernières
semaines ont été particulièrement t’éprouvantes. Sauf que…
Ben quin. Ça commence…
(Richard!!! Sors de ce
corps!!!) Le pilote nous annonce
que Newark ne nous autorise pas à décoller alors on va aller tuer le temps dans
l’aire de dégivrage (en plein juin!).
Il est 14h05. On aura des
nouvelles à 15h. Décollera? Décollera pas? Je demande au waiter-de-l’air:
«Qu’est-ce qui se passe si je manque ma connexion?» (chat
échaudé craint l’eau-on-ne-sait-plus-trop-quelle-température). Comme il y a un vol par jour Newark-Lisbonne,
c’est normal que je m’inquiète, non?
«On va vous mettre sur le prochain vol qui va vers votre
destination finale, mais ça ne passera peut-être pas par où vous
pensiez…» Chouette. Je me voyais déjà à Amsterdam ou à Londres…
pendant que ma valise errait de par le monde, abandonnée. Bon, OK, je peux être Drama Queen, moi aussi, quand je veux ! J’ai quand même encore de la marge de
manœuvre, si on nous fait pas gnaiser dans l’aire de dégivrage trop
longtemps. 15h: on nous annonce
notre départ imminent. Et ce qui devait
arriver arriva: on a sacré notre camp, une heurédmi après l’heure prévue.
J’ai
à peine sommeillé pendant l’heure entre Montréal et Newark et j’ai ouvert l’œil
(le gauche) au moment où on passait le long de New York pour aller atterrir
l’autre bord de la rivière. Vous dire
que c’était beau!!! Y’a un bon
dieu pour les Julie de ce monde qui voyagent le jour du Seigneur… Quelle vue ex-tra-or-di-nai-re sur New
York!!! C’était beau, c’était
beau, c’était beau, je vous le jure. Me
croyez-vous?
En
arrivant à Newark, j’ai pas trop compris pourquoi, mais il fallait sortir de la
zone protégée pour aller chercher la carte d’embarquement au comptoir de
TAP-Portugal. Une chance qu’il me
restait du temps. J’ai dû repasser tous
les contrôles américains et je me suis fait fouiller un sac. Je pensais que c’était à cause des seringues
que je dois trainer (et utiliser!).
Ben non, cibole! (je pense qu’y’a personne qui les voit, ces
seringues-là, au rayon X… En tout cas,
on m’en parle jamais…) C’était à cause
d’une demi bouteille d’eau que j’avais apportée de Mourial.
On
embarque dans un Airbus 330, le même modèle qui a crashé dans l’Atlantique y’a
deux semaines. Bof. Je suis assise au 12D. Devant moi, un couple d’Américains qui, quand
le savoir-vivre est passé, ils étaient visiblement partis à la toilette. Le
Monsieur a mis du stock dans le compartiment au-dessus de nous et a tout écrasé
mon sac, le sac de la madame portugaise à côté de moi et le chapeau de paille
de ladite madame. Pis là, sa femme l’a
engueulé parce qu’elle n’avait pas eu le temps de prendre son cahier de mots
croisés dans le sac alors elle est montée debout sur le siège pour prendre
ledit cahier dans ledit sac, tout en continuant d’écraser notre stock. Une chance que j’avais rien de fragile
là-dedans… Pis, évidemment, quand on est
arrivé à Lisbonne, y’ont pas attendu que le signal de la ceinture de sécurité
soit éteinte avant de se lever – y se sont fait avertir par la
waitrisse-de-l’air – et y’ont chialé tout le temps d’attente pour montrer nos
passeports. Pis là, j’ai entendu la
femme dire à son mari: «On est en vacances, mais ça commence mal si
y’a des lignes qui vont plus vite que la nôtre…» Fus-je-tu découragée de l’humanité, moi, à
5h45, lundi matin…
Le
vol pour Lisbonne s’est bien passé. J’ai
même réussi à dormir un peu. Enfin, je
pense. Après le souper (y’était 20h30),
j’ai sorti mes bouchons, mon loup, mon noreiller gonflabe, pis je me sus
couverte avec la couverte de TAP (y faisait tellement frette, vous z’avez pas
idée!!!), pis je me suis arrangée pour essayer de penser à rien. Ça a plus ou moins marché parce que j’ai
chanté la dernière toune d’Annie Villeneuve dans ma tête, non stop. (là, juste
parce que j’en parle, ça me revient pas, mais je ferai pas exiprès pour que ça
revienne…) Mais un moment donné, j’ai
décidé de regarder l’heure pis y’était rendu 23h. Ça devait être que j’avais arrêté de chanter
un peu, ça. On a eu un peu de turbulence icittrélà, mais rien pour me stresser,
moi qui n’est pas plusse brave que ça en avion.
Pis j’ai vécu quetchose que j’avais jamais vécu avant: sur le nez
de l’avion, y’a une caméra. Ce qui fait
que quand on décolle pis on natterrit, on voit (sur les tizécrans sur le chiège
devant nous) ce que le nez de l’avion voit.
C’est super sharpe. Pis quand on
a décollé, la caméra filme le sol: voir la terre s’éloigner, les maisons
devenir toutes petites, c’est tellement tripant, j’aurais regardé ça tout le
temps. C’est juste qu’un moment donné,
regarder l’Atlantique à 35 000
pieds, ça vient dolle.
Je
me suis aussi forcée à pas écouter le monde parler en portugais (je veux dire,
à pas essayer de trouver des mots que je pourrais reconnaître) parce que je
veux pas me mêler avec l’espagnol. Chus
déjà assez mélangée de mêgne. Je pense
sincèrement que je suis en train de me guirer espagnol (c’est Oscar-le-prof,
mon prof, qui sera content) parce que quand les gens me parlent en portugais,
ça parait dans ma face que je comprends rien.
Alors, ils virent en anglais. Et
j’ai envie de leur répondre en nespagnol… J’espère jusse qu’après un mois passé en
Nespagne, mes deux semaines au Portugal viendront pas toute gâcher. Faudrait que je continusse à jouer
l’innocente. Inquiétez-vous pas:
chus capade.
Qu’est-ce
qu’on peut ben faire, dans un aéroport, à 6h du matin quand qu’on a à peu près
pas dormi de la nuit? J’ai
erré. J’ai bu un café con leite (ça y
est: c’est du portugais! Merde!). Oui, oui, un café. C’est Anne qui va être
surprise… Me sus acheté du parfum à la
boutique hors taxe. J’ai envoyé un texto
à Jean pour lui dire que j’étais sur son continent. J’ai pensé à vous autres, mais je vous ai
laissé dormir. J’espère que vos oreilles
ont pas trop silé pour vous réveiller.
Pis même si je suis hyper fatiguée (et que j’ai tendance à être plus
facilement décourageable dans ce temps-là), j’ai trouvé le moyen de me trouver
privilégiée. De partir en Neurope. De partir pendant 7 semaines, même si vous
allez me manquer. De savoir que je
pouvais vous écrire pour vous raconter mes gnaiseries. De savoir que, malgré les courriels, il y
aura les cartes postales. Des cours
d’espagnol passés et futurs. De
l’appartement qui m’attend à San Fernando.
De Sourya et Pascale qui vont venir crécher dans mon chez-nous
espagnol. De Lizanne et des autres que
je vais retrouver pour le colloque à Braga.
Des tapas, du vino de verano ou du porto dont je vais me gaver dans les
prochaines semaines. Mautadine que la
vie est belle… (Bon, Julie, arrête, tu vas verser dans le sentimentalisme…)
Avion
numéro 3: Lisbonne-Séville. 40 minutes à se faire brasser le camarade
parce qu’on a volé presque tout le temps dans les nuages. Pis un ti t’avion comme ça, ben, ça pogne
dans le vent. C’est comme les petits
chars sur l’autoroute. On débarque à
Séville, en plein milieu d’un champ en sphate.
Y’a rien à faire, ça me fait penser aux magnifiques transbordeurs qu’on
avait à Mirabel. Sauf que là, on
débarque direct sur le tarmac, pis on monte dans un autobus qui nous
charrie. Pis là, j’ai levé les yeux au
Ciel en criant, intérieurement: « Yes!!! » Pourquoi? Parce que j’ai vu ma valise, avec sa courroie
verte, sortir de l’avion sur un titapis roulant!!! Et j’ai eu une pensée pour Richard. Je viens de faire 3 vols, dont 2 dans des
petits coucous pis les 2 derniers avec un mauvais tag de valise qu’ils ont
changé à Newark, pis je récupère ma valise! Allah est grand.
Je
fais rapidement connaissance avec Arturo et Maria, mes échangistes. Sont charmants. Je m’en doutais parce qu’Arturo a bien pris
soin de moi, dans nos échanges courriels.
Je vous jure: j’ai l’air d’Obélix à côté d’euzautres. Y’en a pas un des deux qui tape son cinq
pieds. Ça doit faire 4,9-10, pas ben
plusse. Pis je vais vous avouer quelque
chose: je m’impressionne. Je suis
fatiguée sans bon sens (j’ai dormi 3h30 la nuit avant de partir et, selon toute
vraisemblance, 2h dans l’avion pour ma dernière nuit), mais je comprends pas
mal ce qu’Arturo me dit. Pis je parle en
nespagnol moi aussi. Ça sort pas toute
de façon kochère, mais malgré tout, je pense qu’Oscar-le-prof serait
content. Content que j’essaye sans trop
me poser de questions, même si je m’en pose en maudine. Mais comme j’ai pas le temps de trouver une
réponse (genre, là, c’est-tu le pretérito indefinido ou le pretérito perfecto
que je devrais utiliser?), je dis quelque chose, n’importe quoi. Pis soit qu’y sont ben polis pis qu’y
montrent pas qu’y comprennent rien, soit qu’ils font des efforts surhumains
pour comprendre, soit qu’ils comprennent malgré tout. Disons que c’est avec elle que j’ai plus de
misère. Je comprends RIEN de ce qu’elle
dit, alors que j’estime ma compréhension d’Arturo à 80%. Misère.
Elle m’a jasé ça, cet après-midi, en revenant de Cadix dans l’autobus
(parce que oui, malgré ma fatigue épouvantable, on a pris l’étobus pis on est
allé marcher pendant deux heurs à Cadix…), que j’ai e-rien compris, mes
amis. Mais e-rien. Quand on a débarqué devant l’immeuble où je
vais établir mes quartiers, je me sentais comme une bouteille de Coke trop
brassée: flatte et tiède.
L’appartement
est chouette: on a une belle vue sur la ville (j’habite au 8e
sur 8). C’est une banlieue neuve autour…
mais l’appartement a l’air d’un appartement de vieux. C’est pas méchant ce que je dis là, mais ça a
l’air du monde qui ont ramassé des affaires pendant ben longtemps. Remarquez que je suis assez mal placée pour
chialer sur le monde qui ramassent leurs affaires… C’est sur le marbre partout, ça c’est dur
pour mon vieux dos. Mais je serai fort
bien installée.
Bon,
ça va faire. Il est 22h40 ici et il
serait temps que je pense à me mettre à l’horizontale. J’ai mes 22 heures de voyagement dans le
corps et le manque de sommeil des derniers jours… Faque…
Pas
pire, hein? Chus capable d’écrire
un super long courriel avec 22 heures de vie.
Maginez 7 semaines!!!
Je
vous embrasse, chers amis. Surveillez
vos boîtes aux lettres !
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