vendredi 26 juin 2009

26 juin 2009 - deuxième courriel



La Belle de Cadix
… a des yeux de velours…
Allez-y, prenez-vous pour Luis Mariano.  Vous la savez, je le sais.

Pouvez-vous croire ça, groupe?  J’ai déjà 11 dodos espagnols de passés.  Heureusement qu’il y a l’air climatisé, parce que je n’aurais pas dormi depuis toutes ces heures passées en sol andalou.  C’est parce qu’il fait chaud, les zâââmis, vous z’avez pas idée.  En fait, y’a Sourya et Pascale qui savent.  Parce qu’ils étaient ici y’a pas si longtemps.  Mais qui n’a pas mis les pieds en Andalousie ne sait pas c’est quoi suer.  Encore que Cadix, c’est relativement supportable…

Voici le premier tome de La vie de Julie en Neurope, édition 2009.


L’installation

San Fernando.  Banlieue de Cadix.  À une dizaine de kilomètres.  Sur le bord de la mer.
J’habite au 8e étage (sur 8), d’un immeuble récent au cœur d’un non moins quartier récent.  Tellement récent que sur la dernière édition de la carte de San Fernando (éditée en 1999), les rues du quartier ne paraissent pas!  Mais l’immeuble existe vraiment, ne vous inquiétez pas.  Je crèche pas sur un banc de parc!  Genre 5 ½.  Cuisine, salon et salle à manger combinés, 3 chambres dont une transformée en bureau, deux salles de bain.  Air climatisé.  Garage au sous-sol pour ranger la Citroën Saxo grise automatique qui est mienne pour un mois.
J’ai eu droit à un crash course pour faire fonctionner la télé par Arturo.  Trois manettes.  Un paquet de postes en nespagnol, mais aussi en nanglais, en russe, en arabe, en italien, en je-ne-sais-pas-trop-quoi et en français.  TV 5 Europe (même pas TV5monde faque rien du Québec, moi qui voulais voir les reprises des Moineaux et des Pinsons).  Pis les nouvelles en continu.  Assez plate merci, ça, après 15 minutes.  Pis un poste de toutes sortes de cossins.  Maginez: j’ai regardé – distraitement – l’inusable film La planète des singes, dimanche soir.  Oui, oui : celui avec Charlton Heston.  C’est pas comme si je connaissais pas le punch…
Pis j’ai eu un autre crash course pour savoir comment faire fonctionner le micro-onde, la laveuse à vaisselle, la laveuse à linge et le fer à repasser par Maria.  Qui a dit que les rôles dans la mizon étaient prédéfinis?  Fer à repasser?  Vous pensiez toujours ben pas que je me sers de ça en voyage?
Le plus beau de cet appartement-là, c’est la corde à linge.  Vous connaissez mon amour pour le lavage… Ben là, je vis des grands moments de bonheur.  Parce que les cordes à linge sont sur le toit de l’immeuble.  Oui, oui: sur le toit.  Tous les propriétaires de l’immeuble montent sur le toit pour y accrocher leur linge…  Moi, chus au 8e (sur 8, je vous le rappelle), c’est donc à côté.  Ça prend à peu près le temps de l’étendre que c’est déjà sec tellement il vente.  Mais le plus beau, c’est la vue qu’on a en étirant bobettes z’et ti-shirts: on est au 9e et au loin, il y a Cadix, l’autre bord de la baie.  Vous dire que c’est beau… ça a  quasiment pas de bon sens.  Et tout ce bonheur est causé par une brassée qui chesse au grand vent.  Y’a Rosalie qui peut comprendre, je le sais.  Pis je sais qu’Oscar comprend pas.


La première épicerie

Quel plaisir ce fut!  J’ai retrouvé avec plaisir le yogourt grec (oui, je sais, je suis en Nespagne, pas en Grèce, mais, ne vous en déplaise, j’ai connu ce yogourt-là chez Jean, à Bruxelles, donc pas pantoute en Grèce lui non plus).  Pis l’espèce de pouding au chocolat dans des pots-en-vitre-pour-que-Richard-fasse-des-chandelles.  Pis le jambon serrano.  Mautadine que c’est bon. Pis les langoustines.  Je me fais des mélanges (j’ose pas vraiment appeler ça une salade, vous connaissez mon aversion pour la verdure) d’avocat, de langoustines, d’un peu de mayo, d’épices (y’ont pas grand-chose dans leur armoire) et d’un peu de jus de citron.  Avant d’aller me coucher, pour souper à 22h, c’est ce qu’il y a de mieux, même si ça me fait faire des cauchemars d’ami oublié et perdu…
Y’a deux épiceries sur la grosse rue, en bas de chez nous.  Le SuperCor et le Mas.  Maria m’a dit que le SuperCor était plus bourgeois et plus cher que le Mas.  Où vous pensez que je suis allée???  Ben quin.  Faut ben que je m’assume dans toute ma bourgeoisie de prolétaire finie.  Mais quel ne fut pas mon plus grand bonheur que de constater que SuperCor, au fond, ça vient de «El Corte Inglés», «ze» magasin espagnol !  Il n’en fallait pas plus pour que je décide illico de boycotter le Mas, pourtant situé juste un peu plus près de chez moi.  J’y suis quand même allée une fois.  Mais j’ai pas aimé ça.  Est-ce que j’aurais eu un parti pris, mouâ? 


Sourya (dit le Chinois-Italien) et Pascale

Ouais.  Il a encore l’air d’un Chinois, inquiétez-vous pas, les ceuzes qui le connaissent.  C’est juste qu’un moment donné, tentant de parler espagnol, il s’est mis à l’italien.  Pascale et moi, on se foutait un peu de sa gueule, pis là, y’a dit, le plus sérieusement du monde: « Quoi?  Vous trouvez pas que j’ai l’air d’un Nitalien?»  Oui, oui, Sourya, c’est drette ça.  D’un nitalien.

Mes amis sont arrivés le mardi après-midi et on est allés à la découverte de Cadix ensemble.  On a fréquenté des restos de tapas, on a fouillé dans un plat de fruits de mer frits, les mariscos fritos, un grand bonheur, comme des Biafrais qu’y’auraient rien mangé depuis une couple d’années en mangeant avec nos doigts (c’est ben meilleur de même) pis en buvant de la cerveza pis du vino de verano.  On a visité la place de la Cathédrale où il y a des musiciens qui entertainent les gens.  Sauf que ces musiciens-là, c’est des Indiens avec des plumes, le coat en peau d’animal, les franges, toute la chibagne (je vous rappelle qu’il fait 35o en moyenne…).  Pareil comme dans les livres d’histoire où il y a des Indiens.  Manquait jusse Daniel Boone avec son chapeau de racoon.  Un moment donné, je me suis dit que c’était des Incas (ou des descendants de), mais non, point pantoute.  Ils jouaient de la flute de pan, avec un orchestre el cheapo enregistré en arrière.  Jusque là, c’est presque endurable.  Là où ça s’est gâté, c’est quand ils ont entonné l’air du Titanic, «My heart will go on».  Je vous jure, à la flute de pan, avec le titorquestre enregistré en arrière, et le look indien-à-plume, c’était du plus grand chic.  Évidemment, j’ai filmé la chose un peu.  Sinon, vous m’auriez pas crue.  Mais comme le Chinois-Italien et sa blonde étaient là, j’ai des témoins.
On s’est effouairé sur la plage, même celle de San Fernando, couverte de sable.  Normal, vous me direz.  C’est juste que mercredi passé, en fin de journée, il ventait à écorner les taureaux andalous.  Je vous jure, vous avez jamais vu ça du vent comme ça.  Parce que oui, on le voyait.  Il levait le sable de la plage qui nous fouettait la peau.  Pis ça faisait mal, cibole.  On est allés se baigner pareil, mais on s’est pas étendus pantoute après.

Y’a un bon dieu pour les Chinois-Italiens.  Parce qu’il a oublié notre sac de plage (serviettes et costumes de bain) dans un bar, en face de notre arrêt d’autobus à Cadix.  Pascale a demandé au chauffeur dudit autobus comment s’appelait le bar en question, on a trouvé le numéro de téléphone sur Internet, Pascale a appelé (il était quand même 23h30) et oui, le sac était toujours là.  Le lendemain, samedi, jour du départ de Pascale et de son Chinois-Italien, 9h20, on vargeait dans la porte du bar fermé.  Pis y’a un wéteur qui a osé venir nous répondre et nous a remis le sac.  Quelle histoire, toi.

Mais tout ne peut pas bien aller pour le Chinois-Italien et sa blonde.  Le vendredi soir, on a voulu aller voir un pestaque de flamenco.  Dans le guide LonelyPlanet, ça disait que le vendredi, il y avait toujours des pestaques à 22h.  On arrive là à 22h20.  C’est le désert le plus immense de la place.  Y’a ap-so-lu-ment personne dans ledit bar, y’a deux guitares au fond de la salle, mais le type qui nous accueille nous dit: «Ça se peut qu’il y ait quelque chose, mais autour de minuit.  Mais ça se peut aussi qu’il y ait rien…»  Plus clair que ça, c’est impressionnant.  C’est peut-être pour ça que Sourya a oublié le sac de plage… il devait être perturbé !  Pis en plusse, y’a pas eu la pizza qu’il voulait.  Toute pour être perturbé!!!

Et je tiens, ici, à rassurer Sourya:  non, ça ne sent plus les crevettes sur la calle Almirante León Guerrero.  Ça a commencé à ne plus sentir quand t’es parti…


Les premiers pas dans Cadix…

… je les ai faits avec Arturo et Maria.  Rappelez-vous: je vous avais dit que dès mon premier soir ici, mes échangistes m’avaient amenée au centre de la vieille ville de Cadix en autobus, pour s’assurer que j’étais capable de trouver mon école…  Remarquez que ça m’avait quand même rassurée, même si j’étais à moitié morte, après 22 heures de voyagement.

Depuis, j’ai arpenté la chose un peu plus.  Ne serait-ce que pour aller à l’école, au tréfonds de la vieille ville.  J’ai vu le marché public (ouvert entre 8h et 14h) où on vend le poisson drette là.  Y’a quasiment son extrait de naissance accroché dans le cou, tellement il vient de sortir de la mer!  J’ai vu la Cathédrale de Cadix.  J’ai vu les nombreuses petites places ici et là, dans la vieille ville.  En fait, je me tiens dans la vieille ville, parce que la neuve (si neuve on peut appeler ça), c’est rien de tripant.  Sauf pour la plage qui longe la ville neuve tout du long et le plus récent El Corte Inglès!  Mais dans la neuve, il y a la gare de train.  J’ai expérimenté la chose, étant donné que je vais à Cadix en autobus: est-ce que ça n’irait pas plus vite en train?  Conclusion : c’est la même affaire.  La ride de train est plus vite que la ride d’autobus, mais comme je dois marcher plus pour me rendre à la gare à San Fernando, et encore plus en sortant de la gare à Cadix, ben je gagne rien en temps.  Pis en argent, c’est le même 1,50 Euros que ça coûte pour faire l’une ou l’autre des rides.  Mais c’est avec plaisir que j’ai entendu les mêmes quelques notes de RENFE (la compagnie de ferrocarril de l’Espagne) qui annoncent «Proxima parada: Cádiz…»  Sauf qu’à la différence de Barcelone, y disent pas «Propero parada», juste après.  Faque j’ai eu une tite pensée pour Richard pis un beau sourire aux lèvres.  Y’a des affaires de même, que ça fait juste plaisir de se rappeler qu’on était ailleurs, un moment donné.


L’Espagne, royaume du zapato.

Je me parle, mes amis, je me parle.  Mais pas trop, malgré tout.  Je suis partie volontairement avec deux paires de souyers sachant que j’allais fréquenter le royaume des zapateros.  Une paire de sandales de Mallorque (c’était déjà prévu dans ma tête avant même de partir) et une paire de sandales rouges (Sourya et Pascale savaient que je pourrais pas résister longtemps à passer à tous les jours devant la vitrine à juste les regarder me niaiser…).  Faque c’est sûr, groupe, que je vais encore succomber d’ici mon départ du sol espagnol… en fait, la succombation a déjà eu lieu, mais c’était pas une vraie: c’était plutôt de la compensation !!! C’est Geneviève qui va être jalouse.  Je le sais.  Je vois une paire de souyers à tous les jours.  Elle me nargue dans la vitrine.  Mais les talons sont ben que trop haut.  J’aime ça travailler avec des talons (c’est meilleur pour mon dos), mais pas haut de même.  Faudrait que je me contente et que je les essaye: peut-être qu’y me font pas (priez, siouplait, priez).  De toutes façons, icittre, c’est surtout des sandales qu’y vendent, étant donné la température.  Au Québec, vous serez d’accord avec moi, les sandales, ça sert à peu près 3 semaines et quart par année.  Pis encore, c’est parce que je resse à Mourial.  Pour Fanny, qui resse en campagne de Québec, c’est encore moins que ça.


¡Qué calor!

Sourya a appris un mot en débarquant en Andalousie, mais particulièrement à Séville, la ville la plus chaude d’Europe: «el horno».  En français: le four.  Parce que c’est drette ça.  À Cadix, c’est supportable.  La moyenne, c’est autour de 33-35o.  Le matin, quand je prends mon autobus à 8h20, il fait déjà 24.  À 14h, quand je finis mon cours, ça me prend 10 minutes de plus faire ma tite marche de l’école à l’arrêt d’autobus (en face du bar où Sourya a oublié nos serviettes) que le matin.  Et pourtant, moi qui ne suis tellement pas une fille du matin…


La playa

Quel bonheur d’avoir la mer juste à côté.  Ça donne tellement de gueule à la région…  C’est l’Atlantique, mes amis, l’Atlantique!  (Arturo et Maria me l’ont tellement rappelé: c’est pas la banale Méditerranée, c’est l’Atlantique!  Bon, c’est correct, j’ai compris!)  Le sable est doux, doux, doux.  Pis j’en ai eu plein mon costume de bain.  C’est dur, la vie de plageuse.  Y’en avait surtout plein le plancher de marbre à la maison!  C’est traitre, le sable.  Pis ça colle en d’ssours des pieds.  Coudon?  Chus-tu en train de me plaindre, moi?


Virée hors de Cadix

Jeudi passé, Sourya, Pascale et moi, on est parti en char pour aller visiter Ronda.  Magnifique.  Se-pe-len-di-de.  Mais avant, il a fallu sortir de San Fernando.  C’est mon ami Yves Desautels qui serait surpris de savoir que l’heure de pointe, ici, c’est à 9h30 le matin…
C’est pas mal beau, Ronda.  Une ville située sur deux promontoires et séparée par le puento nuevo qui a pas l’air neuf pantoute.
En revenant non pas de la jolie Rochelle mais de Ronda, on a passé, le long de l’étoroute, à côté du rocher de Gibraltar.  C’est super impressionnant.  Je me promets d’y aller.  Une chance qu’ils prennent les euros parce que ça me tentait pas de changer des euros en livres anglaises…  Maginez ce que ça m’aurait couté, dans l’état actuel du dollar canayen par rapport à tout ce qui se paye en Neurope…


Les cours d’espagnol

Ça fait une semaine que je m’y suis remise.  En fait, j’ai arrêté une semaine entre mon dernier cours à Mourial et le début ici.
Première constatation: les Andalous ont un cibole d’accent, ça fait frémir.  Enlèvent les S à la fin des mots («gracias» devient «gracia») et les D dans le milieu des mots («cansado» devient «cansao»).  Ben quin.  Facile.  Pis en plusse, ils parlent sur le bout de la langue.
J’ai fait un test de nivel le premier lundi.  Je suis vraiment pas faitte pour faire des examens.  Les corriger, ça va.  Le reste, ça m’énerve.  Mais c’est correct.  Je suis bien classée…  Je revois des affaires, j’en vois des nouvelles.  C’est ça le drame de changer d’école: le «déroulement» des apprentissages ne se fait pas nécessairement dans le même ordre.  L’année passée, c’est le gerundio qui était tombé dans la craque entre le cégep Maisonneuve et l’International House de Barcelone… Là, c’est le futuro imperfecto qui est en train de subir le même sort, entre le cégep Maisonneuve et la K2 Internacional escuela.  Faut dire que la craque est pas mal grande entre les deux, pis est remplie d’eau.
Ma prof s’appelle Elena.  Elle n’a pas 30 ans.  Tite puce, va.  Sympathique.  On est 7 étudiantes (oui, oui, un groupe juste de filles): Mariko (du Japon), Ida (de Suède), Hanna (des États-Unis), Franka (d’Allemagne), Kristen (de Turquie) et Christina (d’Italie).  Ça se passe bien…
On passe généralement la première heure à jaser de toutes sortes d’affaires.  Por ejemplo, j’ai réussi, hier, à expliquer qu’au Québec, les femmes ne peuvent plus prendre le nom de leur mari au moment du mariage, pis que les enfants, ben, ils peuvent porter à peu près n’importe quel nom de famille:  père, mère, père-mère, mère-père, p.-mère, m.-père… pis que les enfants de la même famille portent pas nécessairement le même nom.  Faque imaginez les familles reconstituées.  Y’ont trouvé ça ben drôle.  Mais je sais pas si y riaient pas de mon espagnol, au fond…  Cette première heure m’a fait remarquer que je baragouine pas pire la langue de Cervantès.  Je pensais que Mariko était ben bonne parce qu’elle parlait vite.  Mais à force de l’écouter, je me suis rendu compte à quel point elle faisait des fautes.  Alors, ça m’aide à moins faire les miennes… ou, à moins «penser» quand je parle.  Parce que j’ai tellement tendance à tout analyser dans ma tête avant de sortir une phrase que j’ai l’air d’une épaisse… alors que là, en disant à peu près ce qui me passe par la tête, sans trop réfléchir, ça m’aide à m’améliorer.  Enfin, je pense.  C’est une grande théorie que je viens d’énoncer là.  Et, preuve que je suis en train de virer espagnol, j’avais un courriel en anglais à écrire en milieu de semaine, et ça m’a pris tout mon petit change: beaucoup de mots ou de structures de phrases me venaient d’abord en espagnol…  C’est Dan qui sera pas content.  Mais c’est Oscar qui sera content.  Visiblement, on peut pas plaire à tout le monde. 
Aujourd’hui, j’ai eu un examen.  Un vrai.  Pour voir si j’avais retenu des affaires de ma première semaine.  Vous dire comment Mariko, la Japonaise, était stressée par cet examen-là, ça se dit pas!  Elle est le stéréotype parfait de la Japonaise hyper studieuse.  Mais j’aurais dû étudier, cibole.  L’examen était super difficile…  La preuve?  Elena, la prof, nous donnait une heure pour le faire et faire une rédaction d’une page.  Ben, après 1h30, on était encore là à bucher, pis la rédaction était même pas commencée.  J’étais tellement découragée, ça se dit pas.  Pis j’avais même pas fini…  Bon, c’est vrai, il y avait pas mal d’exceptions (mais y’en a tellement en espagnol…), on avait à gérer sept temps de verbes: el presento, el pretérito indefinido (y’a 8000 exceptions au moins), el pretérito imperfecto, el pretérito perfecto, el futuro (je vous l’ai dit, il est dans une craque celui-là), el imperativo afirmativo, el imperativo negativo et un paquet de perífrasis verbales.  Quand Elena nous a arraché nos copies, à 11h30, on s’est toutes regardé avec des airs de noyées…  On est allé compenser: à côté de l’école, y’a une boulangerie allemande (oui, je sais, on est à Cadix) pis on s’est toutes acheté un gâteau au chocolat au lieu du seul café con leche de d’habitude…  On est revenues en classe pour la 2e partie du cours: on a regardé le film Todo sobre mi madre de Pedro Almodovar.  Pis plus j’écoutais, moins je comprenais.  Découragée, je vous dis.  Pourquoi pas le serbocroate ?  Là, c’est sûr que je comprendrais rien, au moins…  Après le film, on a jasé un peu du contenu.  J’avais au moins compris l’histoire… même si j’avais manqué des grands bouttes de la beauté des échanges entre les personnages.  Pis après… la note de l’examen.  Je vous jure : la dernière fois que j’ai eu une note comme ça, j’ai voulu abandonner mes études de maîtrise.  Mais je suis dans la moyenne.  La note la plus haute?  6/10.  La plus basse?  3,8.  Moi, j’ai 5,4.  OK, sur les réponses que j’avais données, y’en a quelques-unes qui sont des erreurs d’inattention.  Ça m’aurait fait peut-être 0,3-4 de plus…  Faque… quand je suis sortie du cours, je suis allée dépenser.  Y’a rien de meilleur pour oublier.  C’est le chocolat ou la dépense.  Comme j’avais mangé, avec mes chums de cours, un peu de chocolat le midi, ben je me suis lancée dans le El Corte Inglès de Cadix.  Conclusion:  deux paires de souliers de plus!!!  Dont une que… franchement… vraiment pas sûre que m’a mettre ça pour aller travailler!!!
Je reprends les cours lundi, 9h30.  J’espère que le blues va passer pendant le ouikenne.  Ça se peut que je sois obligée d’aller virer à l’aéroport de Séville, je vous en reparlerai…


La vie à l’espagnole…

J’ai pris l’habitude, comme les Espagnols (du moins les Andalous), de traverser aux passages lignés blancs.  Parce que TOUS les chars-motos-autobus-camions-scouteurs arrêtent.  Oui.  Pareil comme dans le resse du Canada.  La première fois, je suis restée sur le trottoir, en me disant que ça n’avait pas d’allure, que j’allais pas traverser de même…  Pis là, voyant que les chars étaient tous arrêtés, je me suis risquée.  Depuis, j’aime ben ça que les chars arrêtent pour les piétons.  Mais j’ai surtout supplié Arturo et Maria de JAMAIS faire ça à Montréal.  Des plans pour qu’ils se fassent tuer!!!

J’ai été étonnée du très très peu de vélo qu’il y a sur les rues.  Des scooteurs, oui, en masse.  Mais pas de vélo.  Trop chaud?  Peut-être.

Y’a plein de Chinois, des vrais, qui se sont installés à Cadix ces dernières années.  Et que font-ils?  Ils ont des magasins à une piasse ou un restaurant.  C’est Elena qui le dit.  Y’a un resto chinois à côté de l’arrêt d’autobus, à Cadix.  J’irai.  Je vous le jure.

Sourya, Pascale et moi, on a voulu être riche, juste une fois.  Parce que ancré dans le port de Cadix, le Crown Princess nous a fait de l’œil.  Une patente de même, je peux pas croire que ça flotte.  Et pourtant, il semble que oui.  Depuis le départ dudit Crown Princess, on a eu droit à d’autres bateaux de croisière dans le port, mais jamais aussi beaux…

La siesta

Je n’arrive pas à prendre le rythme de vie de la place. C’est ben de l’ouvrage.  Je le sais, ça fait chiant dit comme ça.  Mais c’est ben de l’ouvrage.  Je me lève à 7h30 pour mes cours, lesquels commencent à 9h30.  À 11h30, on a une pause, jusqu’à 12h.  Qu’est-ce que je peux bien manger à 11h30?  C’est l’heure de diner du centre d’accueil, pis j’ai pas encore ben faim.  Surtout qu’en 30 minutes, on a pas ben ben le temps.  Faque je me fais un sandwich que je mange sur le banc de la plaza Mentidero.  À 14h, je m’en reviens chez nous.  J’arrive à 15h15 si je pogne l’autobus de 14h20 ou à 15h35 si je pogne çui de 14h40.  Le temps de faire de quoi, y’est rendu 16h.  J’ai pu faim.  J’ai des brûlements d’estomac parce qu’il est en train de s’autodigérer.  Pis ça me tente pas de faire la sieste.  Faque je mange le «gros» repas de la journée.  Parce qu’à 22h, je n’arrive pas à me faire à l’idée de me taper un steak, un spagatte ou un paquet de tapas à l’ail.  C’est que je me lève, moi, le lendemain matin.  Faque à 22h, je mange un peu de jambon, un peu de fromage, ou des navajas (oui, oui, Richard, je vais t’en rapporter!!!)  J’essaie d’être au lit à 23h, mais c’est toffe.  Le soleil vient à peine de se coucher pis y fait encore super chaud… (je dors à l’air climatisé, évidemment, mais on «sent» qu’il fait chaud dewors).  C’est de la grande misère de riches, je trouve.  Je vous l’ai dit: je m’assume, comme bourgeoise…

J’espère que vous en êtes conscients :  je suis rendue à 14 jours sans St-Hubert.

Bises.

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