La Belle de Cadix
… a des yeux de
velours…
Allez-y,
prenez-vous pour Luis Mariano. Vous la
savez, je le sais.
Pouvez-vous croire
ça, groupe? J’ai déjà 11 dodos
espagnols de passés. Heureusement qu’il
y a l’air climatisé, parce que je n’aurais pas dormi depuis toutes ces heures
passées en sol andalou. C’est parce
qu’il fait chaud, les zâââmis, vous z’avez pas idée. En fait, y’a Sourya et Pascale qui savent. Parce qu’ils étaient ici y’a pas si
longtemps. Mais qui n’a pas mis les
pieds en Andalousie ne sait pas c’est quoi suer. Encore que Cadix, c’est relativement
supportable…
Voici le premier
tome de La vie de Julie en Neurope,
édition 2009.
L’installation
San
Fernando. Banlieue de Cadix. À une dizaine de kilomètres. Sur le bord de la mer.
J’habite
au 8e étage (sur 8), d’un immeuble récent au cœur d’un non moins
quartier récent. Tellement récent que
sur la dernière édition de la carte de San Fernando (éditée en 1999), les rues
du quartier ne paraissent pas!
Mais l’immeuble existe vraiment, ne vous inquiétez pas. Je crèche pas sur un banc de parc! Genre 5 ½.
Cuisine, salon et salle à manger combinés, 3 chambres dont une
transformée en bureau, deux salles de bain.
Air climatisé. Garage au sous-sol
pour ranger la Citroën Saxo
grise automatique qui est mienne pour un mois.
J’ai
eu droit à un crash course pour faire
fonctionner la télé par Arturo. Trois
manettes. Un paquet de postes en
nespagnol, mais aussi en nanglais, en russe, en arabe, en italien, en
je-ne-sais-pas-trop-quoi et en français.
TV 5 Europe (même pas TV5monde faque rien du Québec, moi qui voulais
voir les reprises des Moineaux et des
Pinsons). Pis les nouvelles en
continu. Assez plate merci, ça, après 15
minutes. Pis un poste de toutes sortes
de cossins. Maginez: j’ai regardé
– distraitement – l’inusable film La
planète des singes, dimanche soir.
Oui, oui : celui avec Charlton Heston. C’est pas comme si je connaissais pas le
punch…
Pis
j’ai eu un autre crash course pour
savoir comment faire fonctionner le micro-onde, la laveuse à vaisselle, la
laveuse à linge et le fer à repasser par Maria.
Qui a dit que les rôles dans la mizon étaient prédéfinis? Fer à repasser? Vous pensiez toujours ben pas que je me sers
de ça en voyage?
Le
plus beau de cet appartement-là, c’est la corde à linge. Vous connaissez mon amour pour le lavage… Ben
là, je vis des grands moments de bonheur.
Parce que les cordes à linge sont sur le toit de l’immeuble. Oui, oui: sur le toit. Tous les propriétaires de l’immeuble montent
sur le toit pour y accrocher leur linge…
Moi, chus au 8e (sur 8, je vous le rappelle), c’est donc à
côté. Ça prend à peu près le temps de
l’étendre que c’est déjà sec tellement il vente. Mais le plus beau, c’est la vue qu’on a en
étirant bobettes z’et ti-shirts: on est au 9e et au loin, il y
a Cadix, l’autre bord de la baie. Vous
dire que c’est beau… ça a quasiment pas
de bon sens. Et tout ce bonheur est causé
par une brassée qui chesse au grand vent.
Y’a Rosalie qui peut comprendre, je le sais. Pis je sais qu’Oscar comprend pas.
La première épicerie
Quel
plaisir ce fut! J’ai retrouvé avec
plaisir le yogourt grec (oui, je sais, je suis en Nespagne, pas en Grèce, mais,
ne vous en déplaise, j’ai connu ce yogourt-là chez Jean, à Bruxelles, donc pas
pantoute en Grèce lui non plus). Pis
l’espèce de pouding au chocolat dans des
pots-en-vitre-pour-que-Richard-fasse-des-chandelles. Pis le jambon serrano. Mautadine que c’est bon. Pis les
langoustines. Je me fais des mélanges
(j’ose pas vraiment appeler ça une salade, vous connaissez mon aversion pour la
verdure) d’avocat, de langoustines, d’un peu de mayo, d’épices (y’ont pas grand-chose
dans leur armoire) et d’un peu de jus de citron. Avant d’aller me coucher, pour souper à 22h,
c’est ce qu’il y a de mieux, même si ça me fait faire des cauchemars d’ami
oublié et perdu…
Y’a
deux épiceries sur la grosse rue, en bas de chez nous. Le SuperCor et le Mas. Maria m’a dit que le SuperCor était plus
bourgeois et plus cher que le Mas. Où
vous pensez que je suis allée???
Ben quin. Faut ben que je
m’assume dans toute ma bourgeoisie de prolétaire finie. Mais quel ne fut pas mon plus grand bonheur
que de constater que SuperCor, au fond, ça vient de «El Corte
Inglés», «ze» magasin espagnol ! Il n’en fallait pas plus pour que je décide
illico de boycotter le Mas, pourtant situé juste un peu plus près de chez moi. J’y suis quand même allée une fois. Mais j’ai pas aimé ça. Est-ce que j’aurais eu un parti pris,
mouâ?
Sourya (dit le Chinois-Italien) et Pascale
Ouais. Il a encore l’air d’un Chinois,
inquiétez-vous pas, les ceuzes qui le connaissent. C’est juste qu’un moment donné, tentant de
parler espagnol, il s’est mis à l’italien.
Pascale et moi, on se foutait un peu de sa gueule, pis là, y’a dit, le
plus sérieusement du monde: « Quoi? Vous trouvez pas que j’ai l’air d’un Nitalien?» Oui, oui, Sourya, c’est drette ça. D’un nitalien.
Mes
amis sont arrivés le mardi après-midi et on est allés à la découverte de Cadix
ensemble. On a fréquenté des restos de
tapas, on a fouillé dans un plat de fruits de mer frits, les mariscos fritos, un grand bonheur, comme
des Biafrais qu’y’auraient rien mangé depuis une couple d’années en mangeant
avec nos doigts (c’est ben meilleur de même) pis en buvant de la cerveza pis du vino de verano. On a visité
la place de la Cathédrale
où il y a des musiciens qui entertainent les gens. Sauf que ces musiciens-là, c’est des Indiens
avec des plumes, le coat en peau d’animal, les franges, toute la chibagne (je
vous rappelle qu’il fait 35o en moyenne…). Pareil comme dans les livres d’histoire où il
y a des Indiens. Manquait jusse Daniel
Boone avec son chapeau de racoon. Un moment
donné, je me suis dit que c’était des Incas (ou des descendants de), mais non,
point pantoute. Ils jouaient de la flute
de pan, avec un orchestre el cheapo enregistré en arrière. Jusque là, c’est presque endurable. Là où ça s’est gâté, c’est quand ils ont
entonné l’air du Titanic, «My heart will go on». Je vous jure, à la flute de pan, avec le
titorquestre enregistré en arrière, et le look indien-à-plume, c’était du plus
grand chic. Évidemment, j’ai filmé la
chose un peu. Sinon, vous m’auriez pas
crue. Mais comme le Chinois-Italien et
sa blonde étaient là, j’ai des témoins.
On
s’est effouairé sur la plage, même celle de San Fernando, couverte de
sable. Normal, vous me direz. C’est juste que mercredi passé, en fin de
journée, il ventait à écorner les taureaux andalous. Je vous jure, vous avez jamais vu ça du vent
comme ça. Parce que oui, on le
voyait. Il levait le sable de la plage
qui nous fouettait la peau. Pis ça
faisait mal, cibole. On est allés se
baigner pareil, mais on s’est pas étendus pantoute après.
Y’a
un bon dieu pour les Chinois-Italiens.
Parce qu’il a oublié notre sac de plage (serviettes et costumes de bain)
dans un bar, en face de notre arrêt d’autobus à Cadix. Pascale a demandé au chauffeur dudit autobus
comment s’appelait le bar en question, on a trouvé le numéro de téléphone sur
Internet, Pascale a appelé (il était quand même 23h30) et oui, le sac était
toujours là. Le lendemain, samedi, jour
du départ de Pascale et de son Chinois-Italien, 9h20, on vargeait dans la porte
du bar fermé. Pis y’a un wéteur qui a
osé venir nous répondre et nous a remis le sac.
Quelle histoire, toi.
Mais
tout ne peut pas bien aller pour le Chinois-Italien et sa blonde. Le vendredi soir, on a voulu aller voir un
pestaque de flamenco. Dans le guide LonelyPlanet,
ça disait que le vendredi, il y avait toujours des pestaques à 22h. On arrive là à 22h20. C’est le désert le plus immense de la
place. Y’a ap-so-lu-ment personne dans
ledit bar, y’a deux guitares au fond de la salle, mais le type qui nous accueille
nous dit: «Ça se peut qu’il y ait quelque chose, mais autour de
minuit. Mais ça se peut aussi qu’il y
ait rien…» Plus clair que ça,
c’est impressionnant. C’est peut-être
pour ça que Sourya a oublié le sac de plage… il devait être
perturbé ! Pis en plusse, y’a pas
eu la pizza qu’il voulait. Toute pour
être perturbé!!!
Et
je tiens, ici, à rassurer Sourya:
non, ça ne sent plus les crevettes sur la calle Almirante León Guerrero.
Ça a commencé à ne plus sentir quand t’es parti…
Les premiers pas dans Cadix…
…
je les ai faits avec Arturo et Maria.
Rappelez-vous: je vous avais dit que dès mon premier soir ici, mes
échangistes m’avaient amenée au centre de la vieille ville de Cadix en autobus,
pour s’assurer que j’étais capable de trouver mon école… Remarquez que ça m’avait quand même rassurée,
même si j’étais à moitié morte, après 22 heures de voyagement.
Depuis,
j’ai arpenté la chose un peu plus. Ne
serait-ce que pour aller à l’école, au tréfonds de la vieille ville. J’ai vu le marché public (ouvert entre 8h et
14h) où on vend le poisson drette là.
Y’a quasiment son extrait de naissance accroché dans le cou, tellement
il vient de sortir de la mer! J’ai
vu la Cathédrale
de Cadix. J’ai vu les nombreuses petites
places ici et là, dans la vieille ville.
En fait, je me tiens dans la vieille ville, parce que la neuve (si neuve
on peut appeler ça), c’est rien de tripant.
Sauf pour la plage qui longe la ville neuve tout du long et le plus
récent El Corte Inglès! Mais dans
la neuve, il y a la gare de train. J’ai
expérimenté la chose, étant donné que je vais à Cadix en autobus: est-ce
que ça n’irait pas plus vite en train?
Conclusion : c’est la même affaire.
La ride de train est plus vite que la ride d’autobus, mais comme je dois
marcher plus pour me rendre à la gare à San Fernando, et encore plus en sortant
de la gare à Cadix, ben je gagne rien en temps.
Pis en argent, c’est le même 1,50 Euros que ça coûte pour faire l’une ou
l’autre des rides. Mais c’est avec
plaisir que j’ai entendu les mêmes quelques notes de RENFE (la compagnie de ferrocarril de l’Espagne) qui annoncent
«Proxima parada: Cádiz…» Sauf qu’à la différence de Barcelone, y
disent pas «Propero parada»,
juste après. Faque j’ai eu une tite
pensée pour Richard pis un beau sourire aux lèvres. Y’a des affaires de même, que ça fait juste
plaisir de se rappeler qu’on était ailleurs, un moment donné.
L’Espagne, royaume du zapato.
Je
me parle, mes amis, je me parle. Mais
pas trop, malgré tout. Je suis partie
volontairement avec deux paires de souyers sachant que j’allais fréquenter le
royaume des zapateros. Une paire de sandales de Mallorque (c’était
déjà prévu dans ma tête avant même de partir) et une paire de sandales rouges
(Sourya et Pascale savaient que je pourrais pas résister longtemps à passer à
tous les jours devant la vitrine à juste les regarder me niaiser…). Faque c’est sûr, groupe, que je vais encore
succomber d’ici mon départ du sol espagnol… en fait, la succombation a déjà eu
lieu, mais c’était pas une vraie: c’était plutôt de la
compensation !!! C’est Geneviève qui va être jalouse. Je le sais.
Je vois une paire de souyers à tous les jours. Elle me nargue dans la vitrine. Mais les talons sont ben que trop haut. J’aime ça travailler avec des talons (c’est
meilleur pour mon dos), mais pas haut de même.
Faudrait que je me contente et que je les essaye: peut-être qu’y
me font pas (priez, siouplait, priez).
De toutes façons, icittre, c’est surtout des sandales qu’y vendent,
étant donné la température. Au Québec,
vous serez d’accord avec moi, les sandales, ça sert à peu près 3 semaines et
quart par année. Pis encore, c’est parce
que je resse à Mourial. Pour Fanny, qui
resse en campagne de Québec, c’est encore moins que ça.
¡Qué calor!
Sourya
a appris un mot en débarquant en Andalousie, mais particulièrement à Séville,
la ville la plus chaude d’Europe: «el horno». En français: le four. Parce que c’est drette ça. À Cadix, c’est supportable. La moyenne, c’est autour de 33-35o. Le matin, quand je prends mon autobus à 8h20,
il fait déjà 24. À 14h, quand je finis
mon cours, ça me prend 10 minutes de plus faire ma tite marche de l’école à
l’arrêt d’autobus (en face du bar où Sourya a oublié nos serviettes) que le
matin. Et pourtant, moi qui ne suis
tellement pas une fille du matin…
La playa
Quel
bonheur d’avoir la mer juste à côté. Ça
donne tellement de gueule à la région…
C’est l’Atlantique, mes amis, l’Atlantique! (Arturo et Maria me l’ont tellement
rappelé: c’est pas la banale Méditerranée, c’est l’Atlantique! Bon, c’est correct, j’ai compris!) Le sable est doux, doux, doux. Pis j’en ai eu plein mon costume de
bain. C’est dur, la vie de
plageuse. Y’en avait surtout plein le
plancher de marbre à la maison!
C’est traitre, le sable. Pis ça
colle en d’ssours des pieds.
Coudon? Chus-tu en train de
me plaindre, moi?
Virée hors de Cadix
Jeudi
passé, Sourya, Pascale et moi, on est parti en char pour aller visiter
Ronda. Magnifique. Se-pe-len-di-de. Mais avant, il a fallu sortir de San
Fernando. C’est mon ami Yves Desautels
qui serait surpris de savoir que l’heure de pointe, ici, c’est à 9h30 le matin…
C’est
pas mal beau, Ronda. Une ville située
sur deux promontoires et séparée par le puento
nuevo qui a pas l’air neuf pantoute.
En
revenant non pas de la jolie Rochelle mais de Ronda, on a passé, le long de
l’étoroute, à côté du rocher de Gibraltar.
C’est super impressionnant. Je me
promets d’y aller. Une chance qu’ils
prennent les euros parce que ça me tentait pas de changer des euros en livres
anglaises… Maginez ce que ça m’aurait
couté, dans l’état actuel du dollar canayen par rapport à tout ce qui se paye
en Neurope…
Les cours d’espagnol
Ça
fait une semaine que je m’y suis remise.
En fait, j’ai arrêté une semaine entre mon dernier cours à Mourial et le
début ici.
Première
constatation: les Andalous ont un cibole d’accent, ça fait frémir. Enlèvent les S à la fin des mots («gracias» devient «gracia») et les D dans le milieu
des mots («cansado»
devient «cansao»). Ben quin.
Facile. Pis en plusse, ils
parlent sur le bout de la langue.
J’ai
fait un test de nivel le premier
lundi. Je suis vraiment pas faitte pour
faire des examens. Les corriger, ça
va. Le reste, ça m’énerve. Mais c’est correct. Je suis bien classée… Je revois des affaires, j’en vois des
nouvelles. C’est ça le drame de changer
d’école: le «déroulement» des apprentissages ne se fait pas
nécessairement dans le même ordre.
L’année passée, c’est le gerundio
qui était tombé dans la craque entre le cégep Maisonneuve et l’International
House de Barcelone… Là, c’est le futuro
imperfecto qui est en train de subir le même sort, entre le cégep
Maisonneuve et la K2
Internacional escuela. Faut dire que la craque est pas mal grande
entre les deux, pis est remplie d’eau.
Ma
prof s’appelle Elena. Elle n’a pas 30
ans. Tite puce, va. Sympathique.
On est 7 étudiantes (oui, oui, un groupe juste de filles): Mariko
(du Japon), Ida (de Suède), Hanna (des États-Unis), Franka (d’Allemagne),
Kristen (de Turquie) et Christina (d’Italie).
Ça se passe bien…
On
passe généralement la première heure à jaser de toutes sortes d’affaires. Por
ejemplo, j’ai réussi, hier, à expliquer qu’au Québec, les femmes ne peuvent
plus prendre le nom de leur mari au moment du mariage, pis que les enfants,
ben, ils peuvent porter à peu près n’importe quel nom de famille: père, mère, père-mère, mère-père, p.-mère,
m.-père… pis que les enfants de la même famille portent pas nécessairement le
même nom. Faque imaginez les familles
reconstituées. Y’ont trouvé ça ben
drôle. Mais je sais pas si y riaient pas
de mon espagnol, au fond… Cette première
heure m’a fait remarquer que je baragouine pas pire la langue de
Cervantès. Je pensais que Mariko était
ben bonne parce qu’elle parlait vite.
Mais à force de l’écouter, je me suis rendu compte à quel point elle
faisait des fautes. Alors, ça m’aide à
moins faire les miennes… ou, à moins «penser» quand je parle. Parce que j’ai tellement tendance à tout
analyser dans ma tête avant de sortir une phrase que j’ai l’air d’une épaisse…
alors que là, en disant à peu près ce qui me passe par la tête, sans trop
réfléchir, ça m’aide à m’améliorer.
Enfin, je pense. C’est une grande
théorie que je viens d’énoncer là. Et,
preuve que je suis en train de virer espagnol, j’avais un courriel en anglais à
écrire en milieu de semaine, et ça m’a pris tout mon petit change:
beaucoup de mots ou de structures de phrases me venaient d’abord en
espagnol… C’est Dan qui sera pas
content. Mais c’est Oscar qui sera
content. Visiblement, on peut pas plaire
à tout le monde.
Aujourd’hui,
j’ai eu un examen. Un vrai. Pour voir si j’avais retenu des affaires de
ma première semaine. Vous dire comment
Mariko, la Japonaise,
était stressée par cet examen-là, ça se dit pas! Elle est le stéréotype parfait de la Japonaise hyper
studieuse. Mais j’aurais dû étudier,
cibole. L’examen était super
difficile… La preuve? Elena, la prof, nous donnait une heure pour
le faire et faire une rédaction d’une page.
Ben, après 1h30, on était encore là à bucher, pis la rédaction était
même pas commencée. J’étais tellement
découragée, ça se dit pas. Pis j’avais
même pas fini… Bon, c’est vrai, il
y avait pas mal d’exceptions (mais y’en a tellement en espagnol…), on avait à
gérer sept temps de verbes: el
presento, el pretérito indefinido (y’a 8000 exceptions au moins), el pretérito imperfecto, el pretérito
perfecto, el futuro (je vous l’ai dit, il est dans une craque celui-là), el imperativo afirmativo, el imperativo
negativo et un paquet de perífrasis
verbales. Quand Elena nous a arraché
nos copies, à 11h30, on s’est toutes regardé avec des airs de noyées… On est allé compenser: à côté de
l’école, y’a une boulangerie allemande (oui, je sais, on est à Cadix) pis on
s’est toutes acheté un gâteau au chocolat au lieu du seul café con leche de d’habitude…
On est revenues en classe pour la 2e partie du cours:
on a regardé le film Todo sobre mi madre
de Pedro Almodovar. Pis plus j’écoutais,
moins je comprenais. Découragée, je vous
dis. Pourquoi pas le
serbocroate ? Là, c’est sûr que je
comprendrais rien, au moins… Après le
film, on a jasé un peu du contenu.
J’avais au moins compris l’histoire… même si j’avais manqué des grands
bouttes de la beauté des échanges entre les personnages. Pis après… la note de l’examen. Je vous jure : la dernière fois que j’ai
eu une note comme ça, j’ai voulu abandonner mes études de maîtrise. Mais je suis dans la moyenne. La note la plus haute? 6/10.
La plus basse? 3,8. Moi, j’ai 5,4. OK, sur les réponses que j’avais données,
y’en a quelques-unes qui sont des erreurs d’inattention. Ça m’aurait fait peut-être 0,3-4 de
plus… Faque… quand je suis sortie du
cours, je suis allée dépenser. Y’a rien
de meilleur pour oublier. C’est le
chocolat ou la dépense. Comme j’avais
mangé, avec mes chums de cours, un peu de chocolat le midi, ben je me suis
lancée dans le El Corte Inglès de Cadix.
Conclusion: deux paires de
souliers de plus!!! Dont une
que… franchement… vraiment pas sûre que m’a mettre ça pour aller
travailler!!!
Je
reprends les cours lundi, 9h30. J’espère
que le blues va passer pendant le ouikenne.
Ça se peut que je sois obligée d’aller virer à l’aéroport de Séville, je
vous en reparlerai…
La vie à l’espagnole…
J’ai
pris l’habitude, comme les Espagnols (du moins les Andalous), de traverser aux
passages lignés blancs. Parce que TOUS
les chars-motos-autobus-camions-scouteurs arrêtent. Oui.
Pareil comme dans le resse du Canada.
La première fois, je suis restée sur le trottoir, en me disant que ça
n’avait pas d’allure, que j’allais pas traverser de même… Pis là, voyant que les chars étaient tous
arrêtés, je me suis risquée. Depuis,
j’aime ben ça que les chars arrêtent pour les piétons. Mais j’ai surtout supplié Arturo et Maria de
JAMAIS faire ça à Montréal. Des plans
pour qu’ils se fassent tuer!!!
J’ai
été étonnée du très très peu de vélo qu’il y a sur les rues. Des scooteurs, oui, en masse. Mais pas de vélo. Trop chaud? Peut-être.
Y’a
plein de Chinois, des vrais, qui se sont installés à Cadix ces dernières
années. Et que font-ils? Ils ont des magasins à une piasse ou un
restaurant. C’est Elena qui le dit. Y’a un resto chinois à côté de l’arrêt
d’autobus, à Cadix. J’irai. Je vous le jure.
Sourya,
Pascale et moi, on a voulu être riche, juste une fois. Parce que ancré dans le port de Cadix, le
Crown Princess nous a fait de l’œil. Une
patente de même, je peux pas croire que ça flotte. Et pourtant, il semble que oui. Depuis le départ dudit Crown Princess, on a
eu droit à d’autres bateaux de croisière dans le port, mais jamais aussi beaux…
La siesta
Je
n’arrive pas à prendre le rythme de vie de la place. C’est ben de
l’ouvrage. Je le sais, ça fait chiant
dit comme ça. Mais c’est ben de
l’ouvrage. Je me lève à 7h30 pour mes
cours, lesquels commencent à 9h30. À
11h30, on a une pause, jusqu’à 12h.
Qu’est-ce que je peux bien manger à 11h30? C’est l’heure de diner du centre d’accueil,
pis j’ai pas encore ben faim. Surtout
qu’en 30 minutes, on a pas ben ben le temps.
Faque je me fais un sandwich que je mange sur le banc de la plaza Mentidero. À 14h, je m’en reviens chez nous. J’arrive à 15h15 si je pogne l’autobus de
14h20 ou à 15h35 si je pogne çui de 14h40.
Le temps de faire de quoi, y’est rendu 16h. J’ai pu faim.
J’ai des brûlements d’estomac parce qu’il est en train de
s’autodigérer. Pis ça me tente pas de
faire la sieste. Faque je mange le «gros»
repas de la journée. Parce qu’à 22h, je
n’arrive pas à me faire à l’idée de me taper un steak, un spagatte ou un paquet
de tapas à l’ail. C’est que je me lève,
moi, le lendemain matin. Faque à 22h, je
mange un peu de jambon, un peu de fromage, ou des navajas (oui, oui, Richard, je vais t’en rapporter!!!) J’essaie d’être au lit à 23h, mais c’est
toffe. Le soleil vient à peine de se
coucher pis y fait encore super chaud… (je dors à l’air climatisé, évidemment,
mais on «sent» qu’il fait chaud dewors). C’est de la grande misère de riches, je
trouve. Je vous l’ai dit: je
m’assume, comme bourgeoise…
J’espère
que vous en êtes conscients : je
suis rendue à 14 jours sans St-Hubert.
Bises.
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