lundi 6 juillet 2009

6 juillet - troisième courriel



Chronique d’une (petite) mort annoncée

Vendredi 26 juin 2009
Appartement

22h      J’ai ouvert la bouteille de vin blanc que Sourya, Pascale et moi, on avait achetée la semaine passée, sur les recommandations du monsieur-ami-à-Sourya, au SuperCor.  On est tous les trois pas mal plusse vin rouge, mais là, il avait tellement l’air de l’aimer, son vin blanc, qu’on s’était laissé tenter.  Pour toutes sortes de raisons, on l’avait pas bue.  Une chance!!!  C’était du poison cette affaire-là!  Imbuvable.  Je sais: je suis de mauvaise foi quand il est question de vin blanc, mais là, je vous jure, c’était infect.  J’ai pris une première gorgée.  Brrr.  Une deuxième, pour être sûre.  Pis le reste a fini dans les égouts.


Samedi 27 juin 2009
Appartement

5h30    Je refuse de me réveiller, mais je fais toute la job dans ma tête, un peu en dormant, un peu en sommeillant…

7h30    Je voulais me lever tard.  Ben oui.  Ça fait une semaine que je me lève à 7h30.  À quelle heure vous pensez que je me suis réveillée à matin ?  Ben oui, setteurédmi.

8h        Je me lève, bâtard.  Eh que j’aguis ça me réveiller de bonne heure de même le samedi.  Hier, je disais à Yolanda et Angeles, les deux sœurs (sœurs, dans le sens de sœurs, pas dans le sens de religieuses… parce qu’à s’appeler Angeles, on pourrait y penser…) qui s’occupent de l’école, que demain, j’allais me lever tard: «C’est quoi, tard, pour toi?»  Bof, ch’sais pas, dix heures?  Sont parties à rire toutes les deux: «Pour nous autres, tard, c’est 14h.»  Je pense que j’étais ado, la dernière fois que je me suis levée à 14h, pis j’avais développé des plaies de lit.  Pis là, huiteure pas huiteure, ben, je décide de partir.  Faut que je vous essplique…  Jeudi passé, j’ai reçu un courriel de TAP-Portugal, la compagnie aérienne qui m’a charriée et qui va me charrier encore, notamment de Séville à Lisbonne, dans trois semaines.  Pour me dire que mon vol, prévu le mercredi 15 juillet, n’existait plus. Rien de moins. (Richard?  Richard?…).  Et qu’il me fallait contacter le «office» pour prendre des arrangements pour une autre date et ce, avant le dimanche 28 juin (ça fait trois jours de délai, ça).  Mais ils me donnent pas de numéro où les joindre en Espagne.  Faque hier (vendredi), j’ai passé à peu près 45 minutes dans le bureau de Angeles pour qu’elle m’aide à rejoindre un quelqu’un, quelque part, chez TAP-Portugal en Espagne.  Après avoir épuisé tous les numéros de téléphone qui sont sur le site (où Angeles se faisait toujours répondre par une verrase de machine), on finit par en dégoter un qui s’appelle TAP Oficina en Sevilla.  Eureka!  Sauf que la madame ne peut pas lui parler, en plein vendredi après-midi (j’ai pas trop compris pourquoi pis Angeles non plus…), mais elle donne le nom et le numéro de téléphone de quelqu’un à joindre à l’aéroport de Séville, à 5h30, samedi matin.  Ben oui, quin.  M’a me lever, moi, à 5h30 le samedi, pour parler en nespagnol avec une madame de chez TAP-Portugal de l’oficina en Sevilla?  Vous pensez vraiment que je suis capable de penser en nespagnol à cinqueure du matin, vous autres?  J’ai de la misère en plein après-midi, alors que je suis réveillée… Maginez à cinqueure quand mon cerveau me dit que c’est en plein milieu de la nuit (surtout que je m’étais couchée à deuzeures) et qu’il ne sait pas encore que je baragouine lespagnol.  Et que je n’allais pas voir ladite madame…  (avec les gestes, ça aide souvent…).  Faque j’ai passé outre, en me disant que j’étais pour aller explorer moi-même les corridors de l’aéroport de Séville (c’est à 1h15 de char) à la recherche dudit quelqu’un chez TAP-Portugal qui peut me foutre sur un vol entre Séville et Lisbonne, autour du 15 juillet.  Faque c’est ça que j’ai faitte.  Je suis partie de San Fernando à 9h, direction l’aéroport de Séville.  140 kilomètres. 280 aller-retour.


Samedi 27 juin
Aéroport de Séville

11h     J’ai sauvé un homme d’une mort (presque) certaine… (bon, j’ai le sens du drame, vous le savez).  Je suis à l’aéroport de Séville.  Au comptoir de TAP-Portugal, ils gèrent aussi Brussels Airlines, qui va, vous vous en doutez, à Bruxelles.  La madame qui est là est fort sympathique, mais elle est seule.  Et l’autre madame, celle qui gère les deux compagnies dont je viens de vous parler, n’est pas encore arrivée.  Alors, celle qui est là l’appelle… et vient nous voir: l’autre ne sera pas là avant 11h30.  Je m’en fous: je suis d’une patience exemplaire ce matin, quitte à faire un siège ou une grève de la faim pour avoir un billet d’avion pour une autre date.  Mais le monsieur en avant de moi est sans connaissance… parce qu’il ne comprend rien de ce que la madame raconte.  Ni en nespagnol, ni en nanglais.  Alors, comme je sais qu’il a l’air de vouloir aller à Bruxelles, je lui demande: «Vous parlez français? »  Je vous dis: j’aurais été le Christ ressuscité qu’il m’aurait baisé les pieds!  Alors, je lui ai dit, en français, ce que la madame avait dit en nespagnol.  Le type a des questions, qu’il me pose en français.  Je traduis en nespagnol pour la madame.  Elle me répond en nespagnol.  Je traduis en français pour le monsieur.  Coudon???  Comment ça se fait que j’ai coulé mon examen hier, moi???????????


Samedi 27 juin
Carmona

12h30 Tant qu’à être dans le coin, j’ai fait un peu ma touriste.  Je suis allée visiter Carmona, une jolie ville installée sur son promontoire il y a 5000 ans.  Québec 400 ans, il peut aller se rhabiller avec son soûte de bonhomme Carnaval.

15h    Première gaspacho de ce séjour andalou.  Fort bonne, tiens.  Mais ça vaut pas celle que Richard avait faite pour notre émission Sabores internacionales, et que j’avais fait manger (boire?) à mes collègues du cours d’espagnol en décembre…


Samedi 27 juin
De retour à l’appartement

20h30  J’ai fait un beau tour de machine.  J’arrive du supermarché.  J’ai acheté des fruits de mer et je vais me cuisiner un riz aux fruits de mer, avec de l’ail…  Je sirote un vin rosé pas piqué des vers et je m’apprête à aller étendre une brassée sur le toit.  Je suis heureuse.


Dimanche 28 juin
Dans le char, en direction de Gibraltar

11h      Entre deux tounes de Michael Jackson (ben oui, y’a yinque ça ici, au rédio, j’imagine que c’est pareil au Québec…), y’a Céline qui entonne «All by myself».  Y’a pas à dire, au rédio, c’est on-ne-peut-plus-zespagnol.  C’est KISS FM, faut dire.

12h      J’aperçois Ze Rocher, au loin.  Maudatine que c’est impressionnant, de la roche.


Dimanche 28 juin
Gibraltar

13h      Je stationne mon char en territoire espagnol et je passe la frontière en montrant mon passeport comme un crucifix.  Y’a personne qui veut le voir.  J’aurais voulu avoir une étampe de Gibraltar dedans.  Mais y’ont pas voulu.  Sont cheaps, les Zanglais.

13h30  Dites-moi: pensez-vous que j’ai l’air d’une Espagnole ou d’une Gibraltarienne-Gibraltaroise-Gibraltaraise?  V’la-tu pas qu’un joli petit couple (la fin de la vingtaine) vient vers moi et me pose toutes sortes de questions (en espagnol, siouplait): c’est où, ça?  Comment on fait pour se rendre là?  Le centre-ville, c’est-tu par là?  JE LE SAIS-TU, MOI???  Mais le plus beau, c’est que j’ai toute compris leurs questions et que je leur ai répondu, en utilisant le verbe estar comme il se doit.  Pis y’avaient l’air de me comprendre, puisqu’ils me posaient d’autres questions (auxquelles j’avais pas plus de réponses, remarquez).  Pourquoi est-ce que j’ai coulé mon examen, moi, vendredi???

14h04  J’ai un coup de cœur: je suis en train de tomber amoureuse de Gibraltar.  C’est tellement impressionnant ce rocher-là qui sort de l’eau, j’en reviens pas…  Je serais prête à mourir pour lui.  C’est d’ailleurs ce que je m’apprête à faire.  Ne vous inquiétez pas, mon testament est en règle.  N’oubliez pas de donner mes organes à qui en veut,  de mettre le feu dans ce qui reste et de faire des dons à la Fondation du cégep au lieu d’acheter des fleurs (c’est vrai, ça, c’est pas une joke que je fais là, je suis sérieuse, là…).  Mais, visiblement, comme je vous écris, je ne suis pas morte.

14h20  J’embarque dans la chose.  La chose, c’est un téléphérique qui va m’amener en haut dudit rocher de Gibraltar.  Vous connaissez mon amour des hauteurs, moi qui a de la misère à changer une ampoule…  Ben oui, cibole, un téléphérique…  Les médames américaines, dans la cabine, ont pas plus l’air rassuré que moi.  Mais c’est rendue en haut que j’ai eu le cœur en compote: ça y est, je suis amoureuse.  Je veux me marier avec ce piton rocheux, avec ses grottes, avec ses singes en liberté qui viennent jaser au monde, avec sa vue imprenable sur le monde:  d’en haut, on voit très bien le peu de largeur du détroit.  On voit aussi, à droite du détroit, l’océan Atlantique et à gauche, la mer Méditerranée; on voit, droit devant, le Maroc.  Et derrière, l’Espagne.  Parce que Gibraltar, c’est encore une possession anglaise.  C’est la livre sterling, le pound, darling, qui fonctionne là.  Heureusement, ils prennent aussi les Euros.  On entend l’accent british, à côté de l’accent andalou.  Parce que les Zespagnols viennent gazer, parce que c’est moins cher (voyons donc???  quelque chose est moins cher au Royaume de sa Majesté Elizabeth qu’en Nespagne???  Ça a l’air que oui…).  Je suis définitivement sous le charme.  Je regarde au loin…

15h      Pareil comme dans les vues, je vous dis.  Je suis sur la «south platform» où on peut toute voir et je ne me tanne pas de regarder au loin.  À côté de moi, y’a une famille (sont 7, je les ai comptés) qui se fait prendre en photo.  Y’ont demandé à un gars qui avait un autre kodaque compliqué dans le cou avec un phallus de circonstance de les prendre en photo avec l’Espagne et le Maroc, en arrière-plan.  ¡Vale!  Pis là, le gars demande au père de famille s’il veut bien prendre une photo de lui et sa blonde, avec le même arrière-plan.  Le père s’exécute.  Pis là, au moment de prendre la deuxième photo, le gars sort une petite boîte de sa poche, se met à genoux, pis demande la main de sa blonde pendant que le père de famille prend des photos avec le Maroc et l’Espagne en arrière-plan…  Je vous jure: plus romantique que ça, ça se fait pas.  Comme dans les soap operas américains, la fille braillait comme un veau, le gars était fier de son coup, pis le père de famille prenait des photos.  J’ai pas compris la réponse qu’elle lui a donné, mais à voir le (long…) baiser qu’ils se sont donné, je pense qu’elle a dit oui.  Pis le père de famille qui continuait à prendre des photos…  En tout cas, vont en avoir des photos du moment de la grande demande!!!  Je suis peut-être (sûrement…) d’un quétaine fini, mais ça a achevé de me mettre de bonne humeur…

17h50  Un avion se pose sur la piste que j’ai traversée tout à l’heure, à pied.  C’est assez pour être définitivement amoureuse, ça.  Complètement gaga.  Vous me croyez pas?  Allez voir ce que j’ai trouvé sur YouTube.  C’est drette ça.





Lundi 29 juin
Appartement

7h30    Le cadran sonne.  Il fait nuageux sur Cadix ce matin.  Mais ça durera pas. 

7h45    Je me fais un lunch.  J’ai commencé ça mardi passé.  Devant la difficulté à vivre toute la journée les heures de repas toutes mélangées, j’ai décidé de me faire un lunch, pour la pause de 11h30.  C’est pas compliqué, faire un lunch pour une seule personne.  Pour deux, ça peut être plus compliqué, surtout quand on fait toutes sortes de plats qu’on veut partager… mais comme je suis toute seule et qu’y’a personne avec qui je pourrais partager mon lunch, ben c’est pas ben ben compliqué…


Lundi 29 juin
K2 Internacional escuela

9h30    On reste deux dans mon cours: Hanna (la jeune américaine) et moi.  Conclusion: on a comme un cours privé, ce qui veut dire qu’au lieu de durer trois heures, il en dure deux.  Mais c’est deux concentrées, si vous voulez mon avis.  Surtout quand Elena annonce qu’on va voir le condicional cette semaine.  Quoi???  Pas un autre temps de verbe?!?!?!  J’ai toutes les misères du monde à gérer ceux que je sais déjà.  Oscar?  Es-tu là, Oscar?  ¿Puedes ayudarme?  Creo que voy a morir otra vez…

11h30  Le cours se termine.  Il fait soleil.  Je vous l’avais dit.

11h45  Je mange mon lunch toute seule.  Je reste à l’école pour faire mes devoirs (des pleines pages remplies de pronombres personales complemento directo y complemento indirecto).  Ça va finir par me rentrer dans la tête ça aussi.  Quitte à me fouetter.


Lundi 29 juin
De retour à l’appartement

17h30  Première brassée de la journée étendue sur le toit…  Jouissance.


Mardi 30 juin
Appartement

7h30    Le ciel est d’un bleu insolent ce matin.


Mardi 30 juin
Cadix

17h30  Je suis revenue à la maison pour faire la siesta.  Pis je retourne en ville en char.  Ce soir, Carlos, un des profs de la escuela, nous fait faire un tour de ville.  On est dix étudiants, dont une Italienne d’à peu près 35 ans (j’ai pas trop compris son nom).  Pis on commence par la Torre Tavira, une tour en plein centre de Cadix d’où on a une vue se-pec-ta-cu-lai-re sur la vieille ville.  Je ne me suis pas découvert un amour pour les hauteurs, mais là, encore une fois, ça arrache la gueule.  C’est en haut, comme ça, qu’on se rend compte à quel point Cadix est blanche.  Les édifices, je veux dire.  En Andalousie, il y a plein de pueblos blancos, c’est une des marques de commerce de la place, d’ailleurs.  Mais là, vu d’en haut, c’est encore plus chouette.  Pis la madame de la Tour nous explique des affaires sur l’histoire de la ville en espagnol et en anglais en se servant de la cámara oscuro.  Ben pouvez-vous croire, groupe, que j’ai mieux compris l’espagnol que l’anglais?  Eh que c’est troublant.  Bon, OK, c’est vrai, elle parlait l’anglais comme une vache espagnole (c’est de circonstance), mais quand même…  Carlos nous a aussi amenés à la Cathédrale et nous a raconté toutes sortes d’affaires dignes et indignes de Cadix.  J’aime ça savoir ces affaires-là.  Pas juste la grande Histoire avec un grand H.  Mais aussi, les petites luttes de pouvoir, qui couchait avec qui, et Hercule est l’enfant de qui.  Pis dire que cette cathédrale-là, la plus grosse de Cadix, est même pas finie.  Pis elle tombe en ruines déjà.  On n’a pas à se plaindre avec notre stade olympique.  On finit notre tour dans le Pueblo del pópulo, où, si vous essayez de comprendre l’espagnol, c’est le peuple qui restait là.  C’est plein de petites rues étrettes où aujourd’hui, il y a des bars… 


Mardi 30 juin
Plaza de la Catedral, Cádiz

20h      Notre tour de ville est terminé.  J’avais l’intention de fouairer en ville pour prendre un verre sur une terrasse et écrire des cartes postales.  Sauf que mon amie italienne, ça lui tentait aussi.  Faque on s’est effouairées toutes les deux sur une terrasse de la plaza de la Catedral, pis on s’est pris un tinto de verano.  Que ça fait du bien, ça, mes amis.  Ça fait oublier que j’ai des devoirs en espagnol qui trainent sur ma table de la salle à manger, à la maison…  On a jasé en anglais…  et j’ai tellement trouvé ça difficile, ça se dit pas.  Dès que je cherchais mes mots en anglais, ils me venaient en espagnol, jamais en français.  Le français, à part dans mes courriels ou mes cartes postales, ça sert pas à grand-chose ici.  Bon, c’est vrai, je pense en français, mais ça m’arrive régulièrement de penser en espagnol.  En tout cas, en jasant avec l’Italienne, je pensais en espagnol au lieu d’en anglais.  Ce qui fait que je lui glissais des mots d’espagnol à travers mon anglais…  Misère.


Mercredi 1er juillet
Partout en Espagne

10h    Richard?  Richard!!!  RIIIIIIIIIIICHARD!!!!!!  Déguédine!!!  C’est les rebaixes* qui commencent!!!!  (*ne vous méprenez pas: c’est du catalan…)

12h15  Je n’ai pas pu résister:  une autre paire de souliers.  C’est à cause des rebajas.  Celle-là, c’est pour travailler par exemple.  On ne peut pas plus straight.  La prochaine fois que je vais vous dire que je me suis acheté une paire de souliers, vous allez devoir prendre votre autre main pour compter…  Mais faudrait vraiment que je commence à me parler!


Jeudi 2 juillet
Plaza San Juan de Dios, Cádiz

14h     Deuxième gaspacho du séjour andalou.  Ben meilleure que la première.  Je vais devoir revenir, même si mes jours à Cadix sont comptés.  Avec un tinto de verano, ça passe plutôt bien.  Pis soyez heureux: j’ai pas acheté de souyers aujourd’hui.  Non, aujourd’hui, c’était la journée des jewels.  Qu’esse vous voulez?  C’est la faute aux rebaixes*.  (*je vous rappelle que c’est du catalan, ça).


Jeudi 2 juillet
Playa de San Fernando

19h      Eh que je suis faite pour la farniente, moi.  Évachée sur la plage, comme ça…  Je suis faite pour être riche!  C’est Priscilla qui sera d’accord.


Vendredi 3 juillet
Appartement

7h30    Le ciel est d’un bleu insolent.

7h45    Je ne me fais pas de lunch.  Même affaire qu’hier.  J’ai toffé une grosse semaine à me faire des lunchs.  Cibole que j’aguis ça.


Vendredi 3 juillet
Cadix

11h30  Première petite mort.  C’est la fin de mes cours.  Je peux pas croire que j’ai déjà passé deux semaines à étudier l’espagnol (et que, du coup, ça fait déjà presque trois semaines que je suis ici).  C’est toujours triste, des fins de cours.  Parce que je m’attache aux gens.  L’année passée, à Barcelone, ça avait été un calvaire de me séparer d’Albert et d’Amanda (mes deux profs – on s’entend que j’ai eu plus de mal à me séparer d’Albert…) et de mes collègues de classe (d’ailleurs, Heidrun, l’Autrichienne, sera à Montréal pendant tout le mois de juillet… et je serai ailleurs.  Zut.  Zut et rezut.  J’aurais beaucoup aimé ça aller prendre une bière avec elle…  Maudite marde.).  Je ne m’habitue pas à ces adieux.  C’est fou, parce que comme prof, je vis ça régulièrement…  Je m’attache aux êtres humains, c’est comme ça.  Et je n’ai pas vraiment envie d’être autrement.  Je me suis attachée à ma gang de mon cours d’espagnol, au cégep Maisonneuve, et j’étais triste de ne pas finir la session avec eux, étant donné que je manquais les trois derniers cours pour cause de voyage en Espagne…

12h30  Je suis allée directement au bureau central de los correos pour poster mes cartes postales.  Je ne voulais pas engorger une boîte à lettres ordinaire.

12h45  Je m’installe au café bar Marina.  Je me commande des churros y un chocolate, por favor.  Le premier soir que j’avais débarqué ici, Arturo et Maria m’avaient amenée au Marina pour manger des churros.  Pis là, cette semaine, Carlos a dit que c’était «ze» place pour manger des churros à Cadix et que la façon de le faire, c’était de les tremper dans du chocolat chaud.  Pas sûre.  En tout cas, le chocolat était épais comme de la fondue.  Ça donne pas trop envie de le boire, ça.  Mais y’était tellement bon!!!  Que tous les amoureux du chocolat noir se lèvent.


Vendredi 3 juillet
De retour à l’appartement

18h30  Je suis rentrée vers 15h, j’ai fait la siesta.  J’ai fini de lire le roman que j’avais commencé en arrivant ici (Tordu, de Jonathan Kellerman.  J’aimerais ça savoir ce que la gang de liseurs d’Amélie en a pensé…).  Pis j’ai fait mon sac à dos.  Je pars pour le ouikenne.  Direction: Sevilla.  Où on annonce 45o.
                                                                                                                      

Vendredi 3 juillet
Sevilla

20h45  J’ai pas fait un pouce de trop et je suis arrivée en face de mon hôtel avec le char d’Arturo. Mautadine que chus bonne, même toute seule à lire la carte et à conduire en même temps…  La chambre est toute petite, mais bien propre.  Ça doit faire à peu près 25 ans que je n’ai pas dormi dans un lit simple.  C’est ça qui arrive, en Europe, quand on demande une chambre pour une seule personne…  Édouard, le type à l’entrée, a été fort gentil…  On a commencé à parler en espagnol, puis quand il a vu que je venais du Canada, il m’a demandé si je parlais français.  Il a-do-re mon accent (quoi?  J’ai un accent, moi?  Les Andalous ont un accent, pas moi…).  Alors, il a pris le temps de m’expliquer, carte de Séville étalée sur le comptoir, tout ce qu’il y avait à voir dans la ville.  Il était vraiment drôle.  Tellement, mais tellement, mais te-lle-ment gay.  Pas tout à fait grande folle, mais tellement gay.  Je lui ai dit que je voulais tourister de 9h à 14h, rentrer pour la sieste de 14h à 17h30 et sortir en soirée.  Il s’est exclamé: «Oh, moi, vous savez, j’attendrais même 19h, 19h30 pour sortir…  Vous êtes pas habituée, vous, la Canadienne, à cette température-là!  J’ai pas envie d’être obligé d’aller vous chercher à l’hôpital vous savez!  Parce qu’inquiétez-vous pas, on va prendre soin de vous!»  Rassurant, je trouvais…

21h30  Je commence à errer dans les rues de Séville.  C’est plutôt beau, pour ce que j’en vois, à la tombée de la nuit.  Ils ont des bixi ici aussi.  Mais je sais pas comment ils les appellent: j’ai de la misère à lire des mots qui existent, faque imaginez s’ils en inventent comment je me sens…

23h      Je m’installe à une terrasse pour souper.  Vous avez vu l’heure?  Et le pire, c’est que le mercure est encore à… 37.  Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai commandé une salade.  Vous savez, le truc vert?  Et je comprends encore moins ma décision parce que l’Espagne ne vit que pour la laitue iceberg.  Y’a rien de plus déprimant que la laitue iceberg, non?

1h        Je réussis à me coucher la bedaine pleine de salade verte (que j’ai commencé à roter sitôt finie d’ingurgiter… c’est ça, la verdure, je n’y peux rien) et de spagatte aux fruits de mer.  La fille, elle est tannée des tapas.


Samedi 4 juillet
Sevilla

9h30    Je sors dans les rues sévillanaises.  Il est 9h30, groupe.  Et il n’y a personne dans les rues.  Les cafés sont tous fermés.  Youhou?  Y’a quelqu’un?  C’est qu’on est samedi matin, groupe?  Pis la température est tout à fait confortable…  Moi, si j’étais vous autres, j’en profiterais…  Mais ça a l’air que les Sévillanois, y savent pas faire.

10h      Les magasins commencent à ouvrir.  Parce que l’heure espagnole, c’est un concept étirable.

11h      J’ai failli me faire dire la bonne aventure, dans l’entrée de la Cathédrale.  La madame m’a donné une tige de quelque plante (ça ressemblait à du thym) en me disant que c’était un regalo.  Pis après, elle m’a viré la main pour me dire ce qu’il y avait dedans…  Je l’ai remerciée et je suis entrée dans la Cathédrale.  J’ai pas envie de me faire dire que je vais mourir un jour, tiens.  La Cathédrale, elle, c’est hors de proportion.  Je suis restée la gueule ouverte pendant de longues minutes… question d’avaler des mouches sévillaneuses en guise de déjeuner.  J’ai arpenté des rues marchandes (n’oubliez pas, c’est aussi les rebajas à Séville, pas juste à Cadix!) en regardant les vitrines de souyers… mais j’en ai pas acheté.  Na.

14h30  Je rentre à l’hôtel trempe en navette.  Le thermomètre de la ville, sur l’Alameda de Hercules, indiquait 43.  C’est débile.  Je me sacre dans la douche en arrivant.  Vous savez, ça fait plusieurs années que je traine mes pénates en Europe, dans pas mal de pays, et malgré toute cette expérience, je n’arrive toujours pas à ne pas inonder la salle de bain en prenant ma douche.  Parce qu’ils ont pas toujours de rideaux de douche, les Zuropéens.  Je me fous à l’horizontale.  Parce qu’à cette chaleur-là, y’a rien d’autre à faire que la siesta.  J’ai même pas envie d’essayer de faire d’autre chose.

19h      J’ai pas osé sortir avant cette heure-là.  Il fait encore 40.  J’ai pris l’autobus, le 4C, qui fait le tour de la vieille ville.  En quittant l’hôtel, Édouard m’avait dit que je pouvais passer la veillée dans l’autobus qui faisait le tour sans arrêt… et qu’à minuit, quand l’autobus s’arrêterait, le chauffeur appellerait à l’hôtel pour qu’on vienne me chercher…  Cré Édouard…  Tellement gay, que je vous disais.  J’adore…  J’ai erré dans les rues, à la recherche de rien.  À cette heure-là, y’a pu rien à visiter, mais tout est à voir…  J’ai fini par aboutir assise à une terrasse pour souper, à 21h30.  Et là est arrivée une chose étrange pour la deuxième fois.  Je commande une gazpacho, pis – je vous jure – un demi-poulet rôti, sauce à l’ail.  Faute de St-Hubert, ça va faire la job.  Poulet sauce à l’ail, c’est assez intéressant parce que ail il y avait.  Mais ce qui est arrivé est étrange: le serveur m’a apporté ma gazpacho à une vitesse terrifiante (ça, pour des Zespagnols, c’est étrange) pis j’avais pas pris deux gorgées de ma gazpacho que le poulet est arrivé.  C’est-tu que la gazpacho, c’est pas une entrée, qu’on mange ça tout au long du repas?  Quelqu’un pourrait-il m’éclairer sur la rapidité du service? C’est tellement inhabituel…

23h30  Je rentre à l’hôtel.  Édouard est penché sur la table de travail, derrière le comptoir d’accueil.  J’attends qu’il lève les yeux: «Je voulais juste vous dire de ne pas vous inquiéter: je suis rentrée.  Vous n’aurez pas à venir me chercher parce que je me serais endormie dans l’autobus…»  «Ah, vous me rassurez.  J’allais justement commencer à m’inquiéter…» qu’on s’est dit, en souriant.  Tellement gay.

0h15    Malgré la siesta d’une grosse heure et demie dans l’après-midi, j’ai réussi à m’endormir en regardant la télé espagnole.


Dimanche 5 juillet
Sevilla

10h      J’ai dormi jusqu’à 9h, cibole.  Je suis étonnée d’avoir dormi si longtemps, malgré la siesta d’hier.  Faudrait que je fasse attention à ne pas faire de plaie de lit.

10h30  Je repars arpenter Séville.  Il fait déjà 30.  J’ai vu le quartier Santa Cruz, là où l’influence arabe se fait le plus sentir à Séville.  Je me suis perdue dans les mini-rues (je vous jure: même une auto ne passe pas tellement c’est étrette) en tournant en rond comme les Dupondt dans le désert dans Tintin au pays de l’or noir.  Pis j’ai visité le Real Alcazar, un espèce de château avec des jardins commencé à construire au Xe siècle.  L’influence arabe est définitivement présente.  C’était beau, sans bon sens.  La bouche ouverte à gober des mouches.

13h      Un magasin est ouvert à Sevilla en ce jour du Seigneur: la FNAC.  ¡Qué horror!  S’il y a un (autre…) magasin qu’il ne faut pas que je fréquente (après le El Corté Inglés), c’est celui-là.  Heureusement, il n’y en a pas à Cadix… mais je viens de tomber sur celui de Séville.  Des livres, des disques, toutes sortes de cossins que j’aguis acheter…  J’ai été pas pire, par exemple.  Une cinquantaine d’euros.  D’affaires en nespagnol.  Ah non, c’est vrai: un livre en français.  La révolte des accents, d’Éric Orsenna.  J’avais beaucoup aimé ses deux premiers: La grammaire est une chanson douce et Les chevaliers du subjonctif, sur la beauté de la langue française.  Deux beaux contes hyper poétiques.  Là, c’est pas pire que je trouve ça à Séville…


Dimanche 5 juillet
San Fernando

20h      Je rentre à San Fernando à moitié morte.  Cette chaleur-là, je vous jure, c’est insupportable.  Cadix (et San Fernando), c’est tout à fait supportable avec les petits 31.  À cause de la mer et du vent.

22h      J’aurais voulu aller à la mer, pour finir le ouikenne.  Mais c’est pas comme si j’avais besoin de chaleur…  Et il y a que les notes des étudiants du BI sont entrées.  5 juillet.  Peu importe quel jour de la semaine ça tombe.  Tous nos étudiants ont réussi.  Bravo!  Alors, j’ai passé une partie de ma veillée à regarder les notes, à les entrer dans le tableau Excel comparatif, à envoyer les infos à Isabelle et à Dan…  Vacances?  C’est la vie, ça.

23h      Arturo m’écrit de Montréal.  Les vacances là-bas se déroulent bien.  Ils sont allés à Québec et… aux chutes Niagara!!!  Ben coudon.  M’étonneront toujours, les Zuropéens.  (Les Catalans de l’année passée, Marc et Tedi, aussi étaient allés aux chutes Niagara…) Je lui réponds que je reviens de Séville et que la semaine qui vient, je serai à Grenade et Cordoue.  Il me répond, en nespagnol évidemment: «T’as affaire à te préparer à vivre de la chaleur encore pire à Cordoue» (traduction libre, ici…).  J’ai regardé, sur Internet, combien ça coûterait pour aller passer une journée à Londres où on annonce de la pluie et 20 degrés.  En partant de Gibraltar, ça serait chouette, non?  Juste parce que la chaleur, je suis en train d’en faire une overdose.  Bon, à près de 1000 piasses le tiquette, j’ai décidé de rester faire.  Mais avouez que ça aurait été quioute: un saut d’une journée à Londres…


Lundi 6 juillet
San Fernando

9h30    Petite mort: c’est le début de la fin.  C’est la dernière journée de la première moitié.  À partir de demain, il m’en restera moins à faire que j’en ai de fait.  C’est fou comme le temps passe vite et que les cheveux me poussent!!!  Fus-je-tu contente d’avoir participé au Défi Leucan, moi, avec les 43 degrés à Séville!!!  Qui a des cheveux ne peut pas vivre à Séville.

Au menu des prochains jours: visites à Grenade (mardi et mercredi) et à Cordoue (jeudi et vendredi), deux cours privés d’espagnol (lundi et mardi prochains), un peu de ménage dans l’appartement, valises… Ma valise vide va se remplir de toutes sortes d’affaires que je ne ressortirai pas au Portugal… Quand je commence à planifier les derniers jours, c’est que la fin s’en vient…  Du moins, celle en Nespagne.  Parce qu’il me reste encore 24 jours !!!

Je vous embrasse, mes amis.

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