La règle de deux
DEUX FOIS DEUX HEURES DANS L’AUTO
Bon,
on m’avait dit que ça prenait trois heures de Cádiz à Granada. Savent pas compter, les amis de la escuela.
Ou bedon ils dépassent largement les limites de vitesse. C’est parce que ça m’en a pris 4 (2x2). Et j’ai pas l’habitude de me trainer les
pieds en voiture… (me trainer les pneus serait plus approprié...).
J’ai
cherché un poste d’essence avant de partir de San Fernando. Ben le premier que j’ai vu, il était trop
tard… pas moyen de virer à temps. Bof,
j’en verrai un autre, que je me disais.
Rendu à Jerez, faut que je
change d’autoroute. Je suis dans la
lune. Je manque ma sortie
d’autoroute. Et en Nespagne, manquer sa
sortie d’autoroute, c’est à peu près une catastrophe nationale: l’autre
sortie d’après est loin, pis c’est pas sûr qu’on va pouvoir faire un
U-turn. Sont comme ça, les zétoroutes
espagnoles. Je ris tuseule dans mon
char. J’ai quand même de la
chance: la sortie d’après est pas trop loin. Je pogne cette sortie-là… pour me retrouver
sur une autre autoroute! Quand je
disais que c’était compliqué. Je pogne la
première sortie de cette nouvelle autoroute (ça mène au circuit de course
automobile de Jerez, là où Jacques
Villeneuve avait gagné le championnat du monde des conducteurs de Formule 1, en
1997, même s’il avait fini troisième dans cette course – l’important, c’était
que Michael Schumacher prenne le champ... ce qu’il avait fait! Je vous épate, hein?). Je vire de bord, non sans faire un paquet de
viraillages. Je reprends l’autoroute,
direction opposée, pour retrouver mon autoroute originale, question de
retrouver ma sortie manquée. Je retrouve
mon autoroute… et ma sortie
manquée. Tout à coup, dès que je suis
embarquée sur l’autoroute, je vois une annonce de station service. V’la ma chance, que je me dis. Je pogne la sortie, fais les 2-3 ronds-points
pour finalement aboutir… à une station-service FARMÉE!!! Aye, j’en ai-tu de la chance, moi? Tellement que j’en ris. Ça s’appelle-tu
virailler pour rien, ça? Une
chance que j’ai le sens de l’humour... Je
refais le chemin, sens inverse. Le pire
c’est que j’étais pas au bord de manquer de gaz, moi. Mon char est encore au quart… c’est juste
que, quand la lumière s’allume, je me mets toujours un peu sur les nerfs… Faque autant prévoir. D’autant plus que les stations services,
c’est pas ça qui déborde, ici…
DEUX NUITS DANS LE LIT À BALDAQUIN
À
l’hôtel Rallye, à Granada, j’ai une
super grande chambre (par rapport au garde-robe que j’avais à Sevilla)
avec un lit à baldaquin. Ça prend
presque une échelle pour monter dedans tellement il est haut. C’est la deuxième fois que je couche dans un
lit à baldaquin. Non, c’est la 6e
fois. C’est juste que les 5 premières
fois, c’était chez mon ami Jean, à Bruxelles.
Et il avait installé le baldaquin juste pour moi… Alors, dans mon cœur,
rien ne vaut «mon» baldaquin chez mon Loup...
DEUX TONNES D’AIL DANS MON POISSON
Rue
obscure à Granada. Mardi 7 juillet, 22h. J’ai commandé du ajuga a la plancha. (c’est une sorte de poisson blanc qui
ressemblait à de la raie). Premier repas
sans friture depuis longtemps. Au resto,
c’est comme impossible. Je pense que les
enfants zespagnols, dans le ventre de leur mère, ils doivent baigner dans de
l’huile à friture.
DEUX BOULES
De
crème glacée. Mardi soir. J’errais sur une rue dont j’ignore le nom en
revenant de souper vers mon hôtel de Granada
quand j’ai vu un ti-magasin de crème glacée faite maison. Alors, je me suis laissé tenter. Miam…
Une boule au chocolat (mise au fond de mon ti-bol) et une au
citron. J’ai mangé ça en marchant
tranquillement sur ladite rue dont je ne sais toujours pas le nom.
DEUX HEURES (ET UN PEU PLUS…) À L’ALHAMBRA
Une
chance qu’ils limitent le nombre d’entrées à toutes les demi-heures, sinon ça
serait insupportable de monde. J’avais
acheté mon tiquette par Internet il y a deux semaines, je vous inquiétez pas,
j’ai pu rentrer. Cibole que c’est
beau. Du vieux stock arabe. Du marbre gossé. Des jardins avec des arbres et des fleurs
(c’est surprenant, non ?). Et une
vue imprenable sur la ville et sur la Sierra
Nevada, là où il y a de la neige éternelle tout en haut. Dans une ville où il fait 40o dans
l’après-midi, ça parait totalement irréel.
DEUX FOIS, LA BONNE
AVENTURE
Non,
mais. Là, j’ai été pas mal plusse
bête. Une fille à qui c’est déjà arrivé
se méfie. Mais elle était plus
insistante que l’autre… Je me suis encore fait accrocher par une madame qui
voulait me donner encore un bout de verdure pis j’avais beau lui dire ¡no!, elle m’a reviré la main, m’a dit,
en me regardant dans les yeux ¡Amor! ¡Amor! (tu m’en diras tant…) Pis, j’avais beau répéter ¡no!, elle continuait pareil. ¡Eres nerviosa!… Non, pas pantoute. Je veux juste me faire sacrer patience. Mais c’est elle qui m’a sacré patience (elle
a dû sacrer aussi, mais en nespagnol) quand j’ai pas voulu mettre de l’argent
dans sa main…
Ça
sert à rien, dans ce temps-là, je pense au Capitaine Haddock, dans Les Bijoux de la Castafiore, qui se
fait lire dans la main, comme ça, et que la Romanichel qui veut lui
dire la bonne aventure lui dit: «Oh! Toi mordu! ».
Ben quoi? Je connais mes classiques… (je fais une
compétition avec Luc…)
UN DOIGT MAIS DEUX PIEDS…
J’ai
succombé. Vous aurez besoin d’un autre
doigt de votre autre main. C’est à cause
des rebajas au Corte Inglès. Y’en restait
juste deux paires, des comme ça, pis y’en avait une de ma grandeur et elle me
parlait…
DEUX PETITS DRAMES HÔTELIERS ESTA MAÑANA
Jeudi
8, 10h30. J’ai raté le desayuno. Ça disait que c’était jusqu’à 11h, mais le
gars qui servait devait être tanné… il a fermé ça à 10h30. Ben bâtard.
Sachant à quel point c’est difficile de manger «hors normes»
(et les normes étant ben difficiles à vivre) en Nandalousie, je me demande bien
ce que je vais réussir à faire…
Jeudi
8, 10h33. Au moins, je vais aller voir
mes courriels: j’attends des nouvelles de Yolanda, de la K2 Internacional escuela pour savoir à
quelle heure elle m’attend lundi… Je
demande au type à la réception où se trouvait le businesscenter, annoncé dans
les documents de l’hôtel. Y’en n’a pas. Ah?
Étonnant pour un hôtel quatrétoiles.
DEUX PETITS DRAMES GRENADIENS ESTA MAÑANA… PRISE 2
Pour
aller voir mes courriels, le type de l’hôtel me dit d’aller en face, sur la calle, hay un café Internet. C’est ce que je fais… pour me buter à une
porte fermée: l’affiche, sur la
porte, disait que ça serait fermé pour une semaine, à partir du 26 juin. Youhou ?
C’est parce que la semaine, à partir du 26 juin, ça fait longtemps
qu’est finie! Ben coudon. Non seulement les heures sont lousses en
Nespagne, mais les jours aussi, ça a l’air…
Comme
j’ai raté le déjeuner, je vais aller dans une pastelería que j’ai vue hier, à deux rues de mon hôtel. Au moins, je pourrai m’acheter un croissant
ou quelque chose d’autre de comestible.
J’arrive devant ladite pastelería,
ben bâtard: une affiche dans la porte dit «de retour dans 5
minutes» (traduction libre). Un
peu plus et je croirais à une conspiration ! En attendant, je vais aux verduras, juste à côté, pour acheter dos nectarinas. Il est pas dit que m’a crever de faim en
Nespagne ! Le type me les donne et
me demande, pas vraiment articulé: «¿Émâ?»
Hein? Mon hamster dans ma
tête se demande bien ce qu’il a pu dire… Ça me prend quelques secondes pour
comprendre que c’était «¿Qué más?» (traduction: «quoi de plus?»). Qu’est-ce qu’ils articulent bien, les
Zandalous… J’ai quand même eu la décence
de répondre «Nada más». Au moins, j’ai l’air bien élevée. Mes deux nectarines dans un petit sac, je
vais à la pastelería pour mettre la
main sur un croissant au chocolat… Bon,
il est temps que je sacre mon camp de Granada. À part l’Alhambra, je n’ai pas été
impressionnée du reste. J’ai même trouvé
ça sale…
DEUX HEURES DE CHAR
Entre
Granada et Córdoba. J’ai volontairement
pas pris l’autoroute pour profiter des paysages. Pis j’ai hurlé mon bonheur tout au long des 150 kilomètres. C’était collineux-montagneux (mettons comme
sur l’autoroute des Laurentides, un peu avant Saint-Sauveur. C’est pas des grosses montagnes, mais c’est
mieux que rien). Et c’est surtout rempli
d’oliviers (en Andalousie, pas à Saint-Sauveur!). À perte de vue. Pis les oliviers, c’est un peu cordés comme
les pommiers (il me semble que les pommiers sont cordés, mais Rosalie pourrait
me contredire). En tout cas, des
oliviers, des oliviers et des oliviers.
C’était vraiment beau. Pis je pense que les oliviers, comme la
vigne, doivent souffrir un peu pour donner des olives. S’ils ont pas besoin de souffrir, sont masos
en pas pour rire, les oliviers, d’aller se foutre là, dans des côtes plutôt
abruptes et en plein soleil. Parce que
je me suis arrêtée pour prendre une photo… et j’ai osé sortir de mon char
climatisé. ¡Qué horror! Il devait faire
45.
Ah
oui… j’ai mangé mon croissant au chocolat dans le char, en conduisant. Pis j’ai fait des miettes partout… C’est pour ça que je me suis arrêtée:
pour me secouer un peu !
DEUX FOIS DES DÉJECTIONS AVIAIRES
C’est-tu
un signe de quelque chose, ça? Il
me semble que quand on marche dans la merde, c’est un signe qu’on va avoir de
l’argent. Quand on se fait pisser dessus
deux fois dans la même journée, par des oiseaux, c’est-tu un signe de quelque
chose? De l’argent, j’aguirais pas
ça. Ou peut-être ¡Amor! ¡Amor! crié comme une folle par la diseuse de bonne
aventure... (mais vraiment pas à tout prix, ça).
DEUX TONNES DE PATIENCE, AU MOINS
Mon
hôtel, à Córdoba, est en plein cœur
de la vieille cité et il sera difficile d’y accéder en auto. Tous les guides de wéyage que j’ai me disent
qu’il est préférable de stationner sa voiture à la gare ou à la station
d’autobus et de prendre un taxi jusqu’à la vieille ville. Je veux bien faire ça. Sauf qu’il faudrait que je la trouve, la
gare. Sur toutes les pancartes que je
vois, c’est indiqué les hôtels ou les restaurants (les McDo et les BurgerKing
avec stationnements, je vous jure), mais pas la gare… D’écœurement, je finis par suivre les
indications pour aller à l’aéroport.
Stationnement pour stationnement, ça ferait la job. Je finis par trouver l’aéroport… Ben crèyez-moi, crèyez-moi-pas, c’était à
peine plus grand que l’aéroport de Bonaventure, en Gaspésie, où je me suis
ramassée en avril. C’est juste que Córdoba et Bonaventure, c’est pas le
même glamour ni la même quantité de monde, mettons. Faque, évidemment, pas vraiment de
stationnement, pas de taxi ni d’autobus pour revenir en ville. Conclusion? Je retourne en ville pour chercher la gare et
ma patience est très fortement sollicitée...
J’ai quand même une carte, mais c’est pas évident de s’y retrouver, moi
qui ai l’habitude de ne pas faire un pouce de trop, vous le savez…
Je
finis par me ramasser dans le coin de la gare.
Mais les rues sont à sens unique (pas dans le sens où je vais,
évidemment). Alors que je vois la gare,
là, là, drette là, je ne peux pas y accéder…
Ça y est: en essayant de m’approcher, je me ramasse dans une rue
qui, un moment donné, change de sens.
Faut revenir sur mes pas (ou sur mes roues, compte tenu que je suis en
voiture). Patience… Je viraille, je viraille, c’en est presque
drôle tellement je n’arrive pas à aller où je veux. Et là, mes amis, on parle de la gare. La gare!!! Pas un obscur appartement ou un quelconque
parc ou un fond de cour. Non, la gare
centrale de Córdoba!!! Me semble que ça devrait être accessible et
fléché, comme diraient les Français, non?
J’en ai vraiment ma claque. $% ?&*)(&(*%(&%
Tout à coup, demandez-moi pas comment, je me ramasse sur la rue en face
de la gare et je vois un signe «P» qui indique, internationalement
parlant, un parking, un aparcamento,
dans la langue du pays. Je pogne un
tiquette dans l’entrée et je fous le char dans un trou. Mais je m’inquiète. Me semble que le parking est tout petit
(genre une cinquantaine de places) pour un stationnement de gare. Il doit y en avoir un autre, c’est sûr. Je pense que je suis dans le stationnement
«courte durée», celui qui sert à aller chercher ou reconduire
quelqu’un… Mais vous dire que j’ai pas
envie de ressortir de là, sans savoir où aller… ça se dit pas comment ça me
tente pas. D’autant plus que je n’ai
rien vu qui ressemble à un grand stationnement…
Alors, je reste là, en me disant que ça me coutera ce que ça me
coutera… Ma patience a été mise à rude
épreuve. Deux tonnes de patience, au
moins. Pis pas loin d’une heure de
gossage, je vous jure. Pourtant, vous
savez que je suis habile à conduire, à lire les cartes et à ne pas faire un
pouce de trop pour me ramasser où je veux… mais là, Córdoba, c’est anti-touriste en char.
Mon
tour de taxi, entre la gare et mon hôtel, a quand même donné raison aux guides
de wéyage: jamais je n’aurais pu 1-entrer dans la vieille ville en char
et 2-retrouver mon hôtel dans les petites rues piétonnes… Alors que le chauffeur du taxi, lui, savait
vraiment où il allait!
DEUX JOURS À CORDOBA
Jour
1: À mon arrivée à mon hôtel, c’était l’heure du diner (ben oui, quin,
y’est 15h…). Je demande à la fille de
l’hôtel où je peux aller manger. Elle me
conseille une taberna pas très
loin. J’y cours (ben, pas tant que ça…
il doit faire 40o. Je me modère
un peu dans ce temps-là… Je suis-tu contente d’avoir trainé mon
éventail-pas-pantoute-andalou-parce-qu’acheté-à-Barcelone-l’année-passée). J’adore la place. Un truc hyper local. J’ose.
Ce midi, ce sera de la queue de taureau.
Oui, vous avez bien lu, de la queue de taureau. C’est une des spécialités andalouses, alors
autant essayer… Finalement, ça goûte le
rôti de palette de bœuf (pas nécessairement acheté en spécial) qui n’aurait pas
assez cuit. Ça s’effiloche et c’est un
peu raide sous la dent. Mais je ne
regrette pas mon choix, malgré cela. Je
suis du genre à essayer, quand, au départ, ça s’annonce comestible. Après, malgré la chaleur, je visite la Catedral Mezquita antigua. C’est une espèce d’église et de mosquée en
même temps, construite quelque part entre le XVIIIe et le Xe
siècles (allez-y, sortez vos connaissances en chiffres romains, les amis). C’est beau, c’est beau, c’est beau. C’est sur ces images que j’ai décidé d’aller
faire la siesta…
En
soirée, je me suis faite crouser par un monsieur d’un certain âge (mettons, 60...
ça va: j’ai déjà donné) qui m’invitait à aller voir son pestacle de
flamenco. Y’était pas déplacé pantoute,
le monsieur. On a juste jasé, comme ça,
des différences entre les peuples, genre entre les Américains, les Canadiens et
les Québécois ou les Allemands pis les Espagnols (pas heavy pantoute,
non?) et en espagnol, siouplait.
On a ben dû jaser une bonne vingtaine de minutes sur le trottoir
(trottoir? Me semble qu’on était
dirèque dans la rue, mais ça se pouvait qu’il y ait eu un trottoir…). Pis à la fin, il s’est excusé de m’avoir
interpellée comme ça, c’est juste qu’il trouvait que j’avais l’air sympathique,
que j’avais un beau regard et un beau sourire (oui, c’est vrai, ça m’arrive de
marcher toute seule en souriant…).
Quand je me fais dire ça, je ne peux pas m’empêcher de penser à une
aventure qui m’était arrivée, à Montréal, il y a peut-être deux ou trois
ans. Je me cherchais une perruque pour
me déguiser pour un show quelconque au cégep (avant de découvrir les merveilles
de Giggles, juste à côté du cégep…). Pis
j’étais rentrée dans un magasin de perruques, au centre-ville. La fille m’accroche, en cassant terriblement
son français: «Je compwends que tu veux awoir les chfeux longs,
paske que t’as un beau face, mais les chfeux couwts, c’est pas pouw twoi. T’es pas belle les chfeux couwts, tu swais
mieux awoir les chfeux longs avec ton beau face…» Pis là, elle s’était mise à m’essayer toutes
sortes de perruques aux cheveux longs hors de prix… C’était pour un show,
rappelez-vous. J’étais toujours ben pas
pour payer une couple de cenpiasses pour ça ! Malgré mon «beau face»...
Finalement,
je ne suis pas allée au show de flamenco parce que j’ai soupé dans un resto de
tapas, mes amis… que c’était pas piqué des vers pantoute (c’est drôle cette expression-là
pour parler de la bouffe…). Plein
d’affaires à l’ail… Une ratatouille
andalouse qui ferait damner Daniel Pinard, des calamars frits (y’en mettent
partout, énéwé), des pétaques à l’ail à faire mourir ma tante Irène (qui
déteste l’ail à s’en confesser!).
Pis de l’alcool pour arroser ça.
Bon, comme j’ai déjà dit, lors du voyage au Mexique l’hiver dernier
(Audrey pourrait en témoigner…): «Ben là, t’sais, je prendrais pas
mon char…». Mais je marchais pas
mal plus droit qu’au Mexique, par exemple…
Jour
2: Je suis retournée me promener
dans Córdoba avant que la calor rende ça insupportable. Je suis allée visiter l’Alcazar, un château
avec son parc où il y avait plein de fontaines.
C’était super calme. En sortant
de là, j’ai fait deux-trois achats de t-shirts.
La tradition, chez nous, veut que je rapporte des t-shirts à mon père, à
Carole et à mon frère. C’est comme
ça. Maintenant, j’ai même ajouté Éloi et
l’enfant-à-naître sur ma liste.
D’ailleurs, peut-être qu’au moment où vous lirez ces lignes, je serai
matante pour une deuxième fois… C’est
prévu pour la mi-juillette (pour les ceuzes qui s’inquiéteraient tout à coup,
non, c’est pas mon frère qui s’est décidé à partir la famille… c’est plutôt
Geneviève, la fille de Carole, qui s’est commise pour la deuxième fois).
Là,
groupe, il faut que je mange avant de reprendre la route pour San
Fernando. Parce que si je passe l’heure
des restos, je suis faite. Y’a pu rien
d’ouvert et les brûlements d’estomac me reprennent… Vous dire que j’ai l’estomac tout à l’envers
de manger à toutes sortes d’heures et toutes sortes d’affaires, ça se dit pas,
moi qui suis toffe, d’habitude, pour manger n’importe quoi n’importe
quand. Là, je suis allée manger dans
une taberna muy típica, une patente
où il y a un long comptoir et des tabourets d’un bord (parce que l’autre bord,
c’est la serveuse édentée qui se promène).
Pis des locaux qui vont manger là.
J’ai assisté à une discussion on ne peut plus z’enflammée entre deux
clients et la serveuse, alors que j’étais au milieu de tout ça. Mais le plus drôle, c’est quand un monsieur
(un des deux autres clients, avec moi) a demandé à avoir du beurre pour mettre
sur son pain (dans une région productrice d’huile d’olive, c’est un crime de
lèse-majesté, à mon avis!). La
serveuse lui a sorti le gros pot de beurre du fridge et elle lui a mis ça sur
le comptoir: «Tiens, sers-toi dans le main…» J’étais sans
connaissance. Je me disais que ça devait
être son frère ou une affaire de même.
Pas longtemps après, elle me demande si je veux de la sauce aux tomates
avec mon bocadillo. J’y dit oui, parce que la sauce tomate, ils
mettent ça avec toute pis c’est super bon sur un pain crouté toasté (avec un
filet d’huile d’olive avant…). Ben, je
vous jure, elle a sorti le pot (genre gros pot de confiture) du fridge, me l’a
mis devant moi sur le comptoir pis m’a donné une cuillère pour que je fouille
dirèque dedans! Je veux dire, au
Québec, y’a un inspecteur qui passe pis l’établissement est fermé pour
insalubrité drette là! Mais je me
suis sentie andalousement intégrée tout à coup...
J’ai
fini par prendre l’autobus pour retourner à la gare, en espérant que mon char
soit toujours dans le stationnement… Et
oui, ne vous inquiétez pas ainsi: j’ai récupéré mon auto. J’avais raison. J’avais foutu mi coche dans un stationnement de courte durée. Ça m’a couté 25 euros pour une journée et
demie… Finalement, ça ressemble à ce que
j’ai payé pour les stationnements des hôtels, à Sevilla et à Granada. Mais c’est encore bien, immensément bien loin
de ce qu’on avait payé, Yves et moi, il y a quelques années à
Amsterdam: 90 euros pour une
journée. Oui, vous avez bien lu:
90 euros pour un stationnement pour une journée. Si vous calculez ça en dollars canayens
(parce qu’on finit toujours par payer en dollars canayens), ça fait autour de
140 piasses. Je répète: 140
piasses pour un stationnement pour une journée.
Mettons que ça nous avait enlevé l’envie d’aller à Amsterdam en char,
ça. En fait, on s’était ramassé là parce
qu’on avait raté le stationnement incitatif communautaire (parce qu’on savait
pas comment ça s’appelait en néerlandais, notre connaissance de cette langue
étrange étant très très limitée). La
fois d’après, je peux-tu vous dire qu’on l’avait trouvé, le stationnement
incitatif? C’était à l’aréna où
jouait l’équipe de football d’Amsterdam (l’Ajax, si ma mémoire est bonne) et le
soir, quand on avait récupéré notre char, il y avait un show de Phil Collins
dans ce stade-là.
DEUX HEURES SUR LA PLAGE
EN CE DIMANCHE SOIR
Je
dis la vérité. Mais je suis aussi allée
à la plage vendredi soir et samedi soir…
Je suis faite pour vivre au bord de la mer. Quand je réussis à me fouetter pour sortir de
chez moi, j’adore aller lire avec le bruit des vagues et mettre du sable dans
mes livres! C’est juste que les
soirs de fins de semaine, c’est hallucinant le monde qu’il y a là! Mon côté sauvage reprend un peu la place,
dans ce temps-là. Les (nombreuses) fois
où je suis allée à la mer, c’était presque toujours en fin de journée, genre
19h à 21h. Et je suis toujours sans
connaissance de voir que les familles espagnoles sont encore là, avec de très
jeunes enfants. Coudon ? Ça se couche pas, ces enfants-là? Pis, en même temps, je regarde les
gens: non, mais, c’est quoi l’idée qu’il faut absolument jouer, quand on
va à la plage? Lancer de ballon,
de balle, de pseudo-tennis, de frisbee, de mottes de sable mouillé… On joue à
la tague, on se court après... Aye!
Ça vous tenterait pas de rester assis tranquille? Je crie-tu, moi? Je parle-tu fort, moi?...
DEUX ONCES DE BON SENS…
Ne
vous inquiétez pas: je n’ai absolument pas eu l’envie d’aller me faire
encorner à Pampelune pour la course du lâcher de taureaux…
DEUX JOURS DE COURS SUPPLÉMENTAIRES
En
ce lundi 13 (c’est-tu ben le 13?... je perds le fil un peu…), je reprends
l’école. Deux heures aujourd’hui, deux
heures demain. Cours privés. Ça a commencé tranquillement ce matin, avec
mes quelques questions. Ma prof, c’était
temporairement Yolanda, l’administratrice de l’école. Une fille ben le fun. Pis là, après avoir jasé un peu… on a
commencé. Eh cibole… J’avais affaire à avoir attaché ma tuque avec
de la broche. Yolanda a cédé sa place à
Ángeles, sa sœur, et on s’est enlignées sur le condicional, mes amis, que j’avais affaire à comprendre. Un autre temps de verbe à mettre dans ma
soupe. C’est juste que je trouve qu’y
reste pu grand bouillon dans ma soupe; à s’en vient ben épaisse. Moi aussi, d’ailleurs… Pis dire qu’Ángeles m’a annoncé qu’on verrait
le subjonctif demain. ¿Óscar?
Ça y est: je suis morte. Je
vous rappelle de ne pas envoyer de fleurs, mais de faire des dons à la Fondation du Cégep
André-Laurendeau.
Faque
c’est ça qu’on a fait: un peu de subjonctif en ce mardi ensoleillé. Pas sûre que le soleil m’a aidée à
comprendre. J’ai pas le choix:
faut que j’apprenne les terminaisons des verbes et quand ça s’emploie. Dans l’absolu, je le sais, mais c’est dans
l’application que ça se corse. Par
exemple... je dois raconter une histoire (comme ce matin) en utilisant tous les
temps de verbes de la
Création. Là, mettons
que je veux dire qu’hier, nous avons acheté des souliers (exemple pris au
hasard, bien entendu...). Ben là, faut
que je pense: 1-j’ai dit « ayer »,
donc je dois utiliser le pretérito
indefinido. 2-Je veux dire
«acheter». Ça s’est comprar.
Les souliers, pas de problèmes: des zapatos! 3-Terminaison en AR, Comprar, c’est du 1er groupe. 4-C’est-tu un irrégulier, ça? Me semble que non. 5-Donc, si c’est un régulier, c’est déjà
moins compliqué... le sujet, c’est nous, donc 1re personne du
pluriel (parce que, n’oubliez pas qu’en espagnol, on dit pas le sujet du
verbe). 6-Donc, je récapitule... pretérito indefinido, verbe du premier
groupe, 1re personne du pluriel...
Faque là, je passe les 6 personnes dans ma tête, avec leur terminaison
respective: É, ASTE, Ó, AMOS, ASTEIS, ARON. Donc, 1re du pluriel, AMOS...
donc, compramos. Ben oui, cibole, la 1re personne
du pluriel des verbes des premier et troisième groupes, au preterito indefinido, c’est pareil comme au présent. Mais là, j’ai encore rien dit, moi là. J’ai juste pensé. J’ai-tu l’air épaisse, vous pensez? Ça finit par sortir: «Ayer compramos zapatos.» Tout ça pour ça... Trois petits mots de
rien. Pis je suis fatiguée... Donc il faut apprendre ça par cœur (je pense
que je viens de dire une énormité aux yeux du bien-nommé ministère de
l’Éducation, de la Chasse
et de la Pêche
du Québec: apprendre par cœur.
C’est pas très Réforme, ça. C’est
pas très compétence, ça.).
Je
suis d’une grande charité chrétienne…
Pouvez-vous croire qu’il est impossible de trouver le Bescherelle
espagnol en Nespagne? Je vous
jure. Je croyais pas Yolanda quand elle
m’a dit ça hier. Ce matin, en m’en
allant à l’école, j’ai fréquenté deux librairies, dont une que j’aime beaucoup…
sans voir ledit Bescherelle. Ben… vous
me connaissez… j’ai donné mon
Bescherelle à Yolanda en partant cet après-midi. Parce que je peux m’en racheter un à
Montréal. Je me méfie de Renaud-Bray
comme de la peste parce que mon dictionnaire français-espagnol acheté là est
monté à l’envers (y’a quelqu’un, quelque part dans les bureaux là-bas, qui a
pas fait sa job de vérification du stock…).
Mais je vais m’en acheter un autre, c’est sûr. Je ne peux pas vivre sans.
DEUX DERNIÈRES RIDES D’AUTOBUS
Ce
matin, j’ai pris le M010 pour la dernière fois, entre San Fernando et Cádiz.
Pendant dos semanas, je le
prenais à 8h20. Mais hier – et
aujourd’hui – je l’ai pris à 10h40, pour cause de cours à 12h (et d’envie de
manger un peu avant). Et ce matin, j’ai
pensé que je faisais partie du Club de l’Âge d’Or de San Fernando! Je vous jure: j’étais l’élément
«jeune» dans l’autobus… En
passant à Cádiz, sur l’avenida
Andalucía, j’ai remarqué le nom d’une école primaire
que je n’avais pas remarquée avant : Escuela primaria Los esclavos del
sagrado corazón de Jesús. Je vous jure.
Faites la traduction, c’est pas dur.
Pis
à 15h, j’ai fait ma dernière ride entre Cádiz
et San Fernando… avec à peu près
personne. Nadie. Tout le monde est en
train de diner à cette heure-là, voyons.
DEUX BRASSÉES DE LAVAGE AVANT DE PAQUETER
Je
serai sans laveuse pendant deux semaines.
Qu’est-ce que je vais devenir???
Déjà que ça fait un mois bien compté que je me passe de St-Hubert… là,
en plus, je n’aurai plus la chance de faire du lavage et d’étendre sur la
corde. Si on m’enlève mes grands
bonheurs de l’existence, que va-t-il m’arriver? Je serai perpétuellement au bord de la crise
d’apoplexie. Alors, avant de paqueter,
autant m’assurer que je vais être capable de survivre deux semaines sans
brassées. Et une fois tout ça lavé, on
met tout ça dans la valise…
DEUX HEURES DE TRAVAIL, ASSISE À LA
TABLE DE LA SALLE À MANGER
Vous
savez, au Portugal, je m’en vais pas là en vacaciones… Je m’en vais en colloque, l’auriez-vous
oublié? Et pour aller jaser 20
minutes, le toujours bien nommé
ministère-de-la-Chasse,-de-la-Pêche-et-accessoirement-de-l’Éducation m’a donné
1300 piasses canayennes, billet d’avion compris. Parce que pour les repas, il donne 46 piasses
par jour. Qui a déjà déjeuné, diné et
soupé avec 46 piasses se lève… parce que 46 piasses, ça fait toujours ben juste
30 euros… Bon, faut quand même que je
m’assure de dire des choses intelligentes pendant 20 minutes qui vont valoir
1300 piasses. Le problème, c’est pas les
choses intelligentes. N’en doutez pas: je suis tout à fait capable de
tenir des propos sensés. Le problème,
c’est les 20 minutes. À l’UQAM, je fais
3 cours de 3 heures (ça fait 9 heures, ça) sur la correction des copies. Dans des formations pédagogiques que je donne
aux quatre coins de la province (je suis quand même allée en Gaspésie au début
d’avril, ne l’oubliez pas), je fais des formations de trois heures… Dans les congrès (genre AQPC et AQPF), je réussis
à peine à faire ça en 75 minutes en laissant ben du stock dans les coins. Alors, là, 20 minutes… Que de choses sensées je ne pourrai
dire… Alors, il a fallu que je retire
des diapos de ma présentation PowerPoint.
Je suis partie de celle qui dure 75 minutes… et il y avait 51
diapos. Je suis rendue à un maigre 9
diapos…
¡Qué horror! J’aguis ça. J’ai l’impression que 20 minutes ne rend
jamais justice à l’ampleur des résultats obtenus… Pas juste pour moi, pour tous les autres
présentateurs aussi. Alors, j’ai travaillé en ce mardi soir, pendant que mon
linge chesse sur le toit, deux heures pour mettre tout ça en ordre.
DEUX BRASSÉES AVANT LE GRAND DÉPART
C’est
ça. En ce mercredi d’un ciel toujours
bleu insolent, une première brassée pour les draps et une deuxième pour les
serviettes. Comme disait Germaine
Lauzon, «on mélange pas les torchons pis les sarviettes!», en
faisant allusion aux acteurs français qui sont tellement plus beaux que son
mari… (à moins que ça soit Rose Ouimet
qui dise ça, je me perds un peu dans les nombreux personnages des Belles-Sœurs…)
DEUX HEURES DE MÉNAGE
Oh,
à peine. Tuseule, pendant un mois, j’ai
pas fait grand bordel... Mais je dois
quand même torcher la salle de bain (eh que j’aguis ça...), la cuisine, passer
le balai. C’est fou le sable que j’ai
ramassé sur le plancher en marbre.
DEUX VALISES BOUCLÉES
Je
suis partie avec une, je reviens avec deux.
C’est comme ça. Faut dire que
j’ai deux fois trois paires de souyers…
Ça fait aussi douze souyers, si on les compte individuellement (mais ça
parait pire!). Pis une couple de
livres. Pis une couple de disques. Pis deux-trois cossins complètement
inutiles. Comme je savais tout ça,
j’avais une valise vide dans ma valise, au départ. Ben là, est pleine. Toutes sortes d’affaires que je ne
ressortirai pas au Portugal.
L’année
passée, Richard était tout content d’arriver à Barcelone avec sa petite valise
(ben ben pleine…), pensant qu’il n’allait rien acheter! Ben quin.
C’est moi qui suis revenue avec toute son nouveau stock! Faque j’ai su que cette année, il était parti
en wéyage avec une valise vide… C’est
fou ce qu’on peut apprendre à mon contact!!!
DEUX HEURES DE TRAIN ENTRE CÁDIZ ET SEVILLA
Je
quitterai l’appartement de San Fernando dans quelques instants. J’ai le cœur serré un peu. C’est que j’ai vécu ici, j’ai pas juste fait
la touriste. En fait, j’ai bien peu
faite la touriste, justement. Je me
levais le matin pour prendre l’autobus avec la plèbe pour aller à Cádiz suivre mes cours. Je mangeais sur place ou je revenais chez
moi, toujours avec la plèbe, dans les transports en commun. J’allais à l’épicerie: je connais
maintenant le SuperCor au coin de
chez nous comme le fond de ma poche. Je
savais même ce qui était en spécial, semaine après semaine, mais, bien
évidemment, j’achetais pas ça. J’ai fini
par savoir où était le meilleur pain, à quelle heure ouvrait et fermait
l’espèce de café à côté de l’arrêt d’autobus, quelles étaient les rues les plus
agréables pour marcher entre l’arrêt d’autobus et l’école. Je n’avais même plus besoin de regarder ma
carte pour me déplacer dans le vieux Cádiz. C’était rendu chez moi. J’ai vécu avec le vrai monde ici. Oui, j’ai aussi fait la touriste, mais
ailleurs qu’à Cádiz. Dans des places de touristes. Alors, ne me demandez pas ce que j’ai vu à Cádiz … je ne sais pas. J’ai vécu ici, je n’ai pas vu. J’ai vécu comme les autochtones. Même si j’ai l’estomac à l’envers.
Je
termine mon huitième échange de maison:
le Languedoc-Roussillon, l’Angleterre, la Hollande, Philadelphie,
l’Irlande, Marseille, Barcelone… et Cádiz. Et à chaque fois, je suis bien tombée. C’est normal, je pense. Faut avoir l’esprit un peu aventureux et le
désir de faire confiance pour s’embarquer dans un échange comme ça. Alors, forcément, je tombe sur des gens comme
ça. C’est dommage qu’Arturo habite à Cádiz … parce que je l’aurais
adopté!
Mais
là, ça tire définitivement à sa fin.
Deux heures de train entre San
Fernando-Bahía Sur et Sevilla. Parce que demain, avion entre Sevilla et Lisbonne. Au moins, je termine ça par deux heures de
bonheur. Parce que le train, c’est un
peu comme le St-Hubert et le lavage.
Orgasme assuré.
…DEUX SEMAINES À VENIR AU PORTUGAL
Je vous embrasse,
espagnolement.
Julie
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