mardi 14 juillet 2009

14 juillet - quatrième courriel



La règle de deux


DEUX FOIS DEUX HEURES DANS L’AUTO 

Bon, on m’avait dit que ça prenait trois heures de Cádiz à Granada.  Savent pas compter, les amis de la escuela.  Ou bedon ils dépassent largement les limites de vitesse.  C’est parce que ça m’en a pris 4 (2x2).  Et j’ai pas l’habitude de me trainer les pieds en voiture… (me trainer les pneus serait plus approprié...).
J’ai cherché un poste d’essence avant de partir de San Fernando.  Ben le premier que j’ai vu, il était trop tard… pas moyen de virer à temps.  Bof, j’en verrai un autre, que je me disais.  Rendu à Jerez, faut que je change d’autoroute.  Je suis dans la lune.  Je manque ma sortie d’autoroute.  Et en Nespagne, manquer sa sortie d’autoroute, c’est à peu près une catastrophe nationale: l’autre sortie d’après est loin, pis c’est pas sûr qu’on va pouvoir faire un U-turn.  Sont comme ça, les zétoroutes espagnoles.  Je ris tuseule dans mon char.  J’ai quand même de la chance: la sortie d’après est pas trop loin.  Je pogne cette sortie-là… pour me retrouver sur une autre autoroute!  Quand je disais que c’était compliqué.  Je pogne la première sortie de cette nouvelle autoroute (ça mène au circuit de course automobile de Jerez, là où Jacques Villeneuve avait gagné le championnat du monde des conducteurs de Formule 1, en 1997, même s’il avait fini troisième dans cette course – l’important, c’était que Michael Schumacher prenne le champ... ce qu’il avait fait!  Je vous épate, hein?).  Je vire de bord, non sans faire un paquet de viraillages.  Je reprends l’autoroute, direction opposée, pour retrouver mon autoroute originale, question de retrouver ma sortie manquée.  Je retrouve mon autoroute…  et ma sortie manquée.  Tout à coup, dès que je suis embarquée sur l’autoroute, je vois une annonce de station service.  V’la ma chance, que je me dis.  Je pogne la sortie, fais les 2-3 ronds-points pour finalement aboutir… à une station-service FARMÉE!!!  Aye, j’en ai-tu de la chance, moi?  Tellement que j’en ris. Ça s’appelle-tu virailler pour rien, ça?  Une chance que j’ai le sens de l’humour...  Je refais le chemin, sens inverse.  Le pire c’est que j’étais pas au bord de manquer de gaz, moi.  Mon char est encore au quart… c’est juste que, quand la lumière s’allume, je me mets toujours un peu sur les nerfs…  Faque autant prévoir.  D’autant plus que les stations services, c’est pas ça qui déborde, ici… 


DEUX NUITS DANS LE LIT À BALDAQUIN 

À l’hôtel Rallye, à Granada, j’ai une super grande chambre (par rapport au garde-robe que j’avais à Sevilla)  avec un lit à baldaquin.  Ça prend presque une échelle pour monter dedans tellement il est haut.  C’est la deuxième fois que je couche dans un lit à baldaquin.  Non, c’est la 6e fois.  C’est juste que les 5 premières fois, c’était chez mon ami Jean, à Bruxelles.  Et il avait installé le baldaquin juste pour moi… Alors, dans mon cœur, rien ne vaut «mon» baldaquin chez mon Loup...


DEUX TONNES D’AIL DANS MON POISSON

Rue obscure à Granada.  Mardi 7 juillet, 22h.  J’ai commandé du ajuga a la plancha. (c’est une sorte de poisson blanc qui ressemblait à de la raie).  Premier repas sans friture depuis longtemps.  Au resto, c’est comme impossible.  Je pense que les enfants zespagnols, dans le ventre de leur mère, ils doivent baigner dans de l’huile à friture.


DEUX BOULES 

De crème glacée.  Mardi soir.  J’errais sur une rue dont j’ignore le nom en revenant de souper vers mon hôtel de Granada quand j’ai vu un ti-magasin de crème glacée faite maison.  Alors, je me suis laissé tenter.  Miam…  Une boule au chocolat (mise au fond de mon ti-bol) et une au citron.  J’ai mangé ça en marchant tranquillement sur ladite rue dont je ne sais toujours pas le nom.


DEUX HEURES (ET UN PEU PLUS…) À L’ALHAMBRA   

Une chance qu’ils limitent le nombre d’entrées à toutes les demi-heures, sinon ça serait insupportable de monde.  J’avais acheté mon tiquette par Internet il y a deux semaines, je vous inquiétez pas, j’ai pu rentrer.  Cibole que c’est beau.  Du vieux stock arabe.  Du marbre gossé.  Des jardins avec des arbres et des fleurs (c’est surprenant, non ?).  Et une vue imprenable sur la ville et sur la Sierra Nevada, là où il y a de la neige éternelle tout en haut.  Dans une ville où il fait 40o dans l’après-midi, ça parait totalement irréel.


DEUX FOIS, LA BONNE AVENTURE

Non, mais.  Là, j’ai été pas mal plusse bête.  Une fille à qui c’est déjà arrivé se méfie.  Mais elle était plus insistante que l’autre… Je me suis encore fait accrocher par une madame qui voulait me donner encore un bout de verdure pis j’avais beau lui dire ¡no!, elle m’a reviré la main, m’a dit, en me regardant dans les yeux ¡Amor! ¡Amor!  (tu m’en diras tant…)  Pis, j’avais beau répéter ¡no!, elle continuait pareil.  ¡Eres nerviosa!…  Non, pas pantoute.  Je veux juste me faire sacrer patience.  Mais c’est elle qui m’a sacré patience (elle a dû sacrer aussi, mais en nespagnol) quand j’ai pas voulu mettre de l’argent dans sa main…
Ça sert à rien, dans ce temps-là, je pense au Capitaine Haddock, dans Les Bijoux de la Castafiore, qui se fait lire dans la main, comme ça, et que la Romanichel qui veut lui dire la bonne aventure lui dit: «Oh! Toi mordu! ».  Ben quoi?  Je connais mes classiques… (je fais une compétition avec Luc…)


UN DOIGT MAIS DEUX PIEDS…

J’ai succombé.  Vous aurez besoin d’un autre doigt de votre autre main.  C’est à cause des rebajas au Corte Inglès.  Y’en restait juste deux paires, des comme ça, pis y’en avait une de ma grandeur et elle me parlait…


DEUX PETITS DRAMES HÔTELIERS ESTA MAÑANA

Jeudi 8, 10h30.  J’ai raté le desayuno.  Ça disait que c’était jusqu’à 11h, mais le gars qui servait devait être tanné… il a fermé ça à 10h30.  Ben bâtard.  Sachant à quel point c’est difficile de manger «hors normes» (et les normes étant ben difficiles à vivre) en Nandalousie, je me demande bien ce que je vais réussir à faire…
Jeudi 8, 10h33.  Au moins, je vais aller voir mes courriels: j’attends des nouvelles de Yolanda, de la K2 Internacional escuela pour savoir à quelle heure elle m’attend lundi…  Je demande au type à la réception où se trouvait le businesscenter, annoncé dans les documents de l’hôtel.  Y’en n’a pas.  Ah?  Étonnant pour un hôtel quatrétoiles. 


DEUX PETITS DRAMES GRENADIENS ESTA MAÑANA… PRISE 2

Pour aller voir mes courriels, le type de l’hôtel me dit d’aller en face, sur la calle, hay un café Internet.  C’est ce que je fais… pour me buter à une porte fermée:  l’affiche, sur la porte, disait que ça serait fermé pour une semaine, à partir du 26 juin.  Youhou ?  C’est parce que la semaine, à partir du 26 juin, ça fait longtemps qu’est finie!  Ben coudon.  Non seulement les heures sont lousses en Nespagne, mais les jours aussi, ça a l’air…
Comme j’ai raté le déjeuner, je vais aller dans une pastelería que j’ai vue hier, à deux rues de mon hôtel.  Au moins, je pourrai m’acheter un croissant ou quelque chose d’autre de comestible.  J’arrive devant ladite pastelería, ben bâtard: une affiche dans la porte dit «de retour dans 5 minutes» (traduction libre).  Un peu plus et je croirais à une conspiration !  En attendant, je vais aux verduras, juste à côté, pour acheter dos nectarinas.  Il est pas dit que m’a crever de faim en Nespagne !  Le type me les donne et me demande, pas vraiment articulé: «¿Émâ?»  Hein?  Mon hamster dans ma tête se demande bien ce qu’il a pu dire… Ça me prend quelques secondes pour comprendre que c’était «¿Qué más?» (traduction: «quoi de plus?»).  Qu’est-ce qu’ils articulent bien, les Zandalous…  J’ai quand même eu la décence de répondre «Nada más».  Au moins, j’ai l’air bien élevée.  Mes deux nectarines dans un petit sac, je vais à la pastelería pour mettre la main sur un croissant au chocolat…  Bon, il est temps que je sacre mon camp de Granada.  À part l’Alhambra, je n’ai pas été impressionnée du reste.  J’ai même trouvé ça sale…


DEUX HEURES DE CHAR

Entre Granada et Córdoba.  J’ai volontairement pas pris l’autoroute pour profiter des paysages.  Pis j’ai hurlé mon bonheur tout au long des 150 kilomètres.  C’était collineux-montagneux (mettons comme sur l’autoroute des Laurentides, un peu avant Saint-Sauveur.  C’est pas des grosses montagnes, mais c’est mieux que rien).  Et c’est surtout rempli d’oliviers (en Andalousie, pas à Saint-Sauveur!).  À perte de vue.  Pis les oliviers, c’est un peu cordés comme les pommiers (il me semble que les pommiers sont cordés, mais Rosalie pourrait me contredire).  En tout cas, des oliviers, des oliviers et des oliviers.  C’était  vraiment beau.  Pis je pense que les oliviers, comme la vigne, doivent souffrir un peu pour donner des olives.  S’ils ont pas besoin de souffrir, sont masos en pas pour rire, les oliviers, d’aller se foutre là, dans des côtes plutôt abruptes et en plein soleil.  Parce que je me suis arrêtée pour prendre une photo… et j’ai osé sortir de mon char climatisé.  ¡Qué horror!  Il devait faire 45.
Ah oui… j’ai mangé mon croissant au chocolat dans le char, en conduisant.  Pis j’ai fait des miettes partout…  C’est pour ça que je me suis arrêtée: pour me secouer un peu !


DEUX FOIS DES DÉJECTIONS AVIAIRES

C’est-tu un signe de quelque chose, ça?  Il me semble que quand on marche dans la merde, c’est un signe qu’on va avoir de l’argent.  Quand on se fait pisser dessus deux fois dans la même journée, par des oiseaux, c’est-tu un signe de quelque chose?  De l’argent, j’aguirais pas ça.  Ou peut-être ¡Amor! ¡Amor! crié comme une folle par la diseuse de bonne aventure... (mais vraiment pas à tout prix, ça).


DEUX TONNES DE PATIENCE, AU MOINS

Mon hôtel, à Córdoba, est en plein cœur de la vieille cité et il sera difficile d’y accéder en auto.  Tous les guides de wéyage que j’ai me disent qu’il est préférable de stationner sa voiture à la gare ou à la station d’autobus et de prendre un taxi jusqu’à la vieille ville.  Je veux bien faire ça.  Sauf qu’il faudrait que je la trouve, la gare.  Sur toutes les pancartes que je vois, c’est indiqué les hôtels ou les restaurants (les McDo et les BurgerKing avec stationnements, je vous jure), mais pas la gare…  D’écœurement, je finis par suivre les indications pour aller à l’aéroport.  Stationnement pour stationnement, ça ferait la job.  Je finis par trouver l’aéroport…  Ben crèyez-moi, crèyez-moi-pas, c’était à peine plus grand que l’aéroport de Bonaventure, en Gaspésie, où je me suis ramassée en avril.  C’est juste que Córdoba et Bonaventure, c’est pas le même glamour ni la même quantité de monde, mettons.  Faque, évidemment, pas vraiment de stationnement, pas de taxi ni d’autobus pour revenir en ville.  Conclusion?  Je retourne en ville pour chercher la gare et ma patience est très fortement sollicitée...  J’ai quand même une carte, mais c’est pas évident de s’y retrouver, moi qui ai l’habitude de ne pas faire un pouce de trop, vous le savez…
Je finis par me ramasser dans le coin de la gare.  Mais les rues sont à sens unique (pas dans le sens où je vais, évidemment).  Alors que je vois la gare, là, là, drette là, je ne peux pas y accéder…  Ça y est: en essayant de m’approcher, je me ramasse dans une rue qui, un moment donné, change de sens.  Faut revenir sur mes pas (ou sur mes roues, compte tenu que je suis en voiture).  Patience…  Je viraille, je viraille, c’en est presque drôle tellement je n’arrive pas à aller où je veux.  Et là, mes amis, on parle de la gare.  La gare!!!  Pas un obscur appartement ou un quelconque parc ou un fond de cour.  Non, la gare centrale de Córdoba!!!  Me semble que ça devrait être accessible et fléché, comme diraient les Français, non?  J’en ai vraiment ma claque.  $% ?&*)(&(*%(&%  Tout à coup, demandez-moi pas comment, je me ramasse sur la rue en face de la gare et je vois un signe «P» qui indique, internationalement parlant, un parking, un aparcamento, dans la langue du pays.  Je pogne un tiquette dans l’entrée et je fous le char dans un trou.  Mais je m’inquiète.  Me semble que le parking est tout petit (genre une cinquantaine de places) pour un stationnement de gare.  Il doit y en avoir un autre, c’est sûr.  Je pense que je suis dans le stationnement «courte durée», celui qui sert à aller chercher ou reconduire quelqu’un…  Mais vous dire que j’ai pas envie de ressortir de là, sans savoir où aller… ça se dit pas comment ça me tente pas.  D’autant plus que je n’ai rien vu qui ressemble à un grand stationnement…  Alors, je reste là, en me disant que ça me coutera ce que ça me coutera…  Ma patience a été mise à rude épreuve.  Deux tonnes de patience, au moins.  Pis pas loin d’une heure de gossage, je vous jure.  Pourtant, vous savez que je suis habile à conduire, à lire les cartes et à ne pas faire un pouce de trop pour me ramasser où je veux… mais là, Córdoba, c’est anti-touriste en char.
Mon tour de taxi, entre la gare et mon hôtel, a quand même donné raison aux guides de wéyage: jamais je n’aurais pu 1-entrer dans la vieille ville en char et 2-retrouver mon hôtel dans les petites rues piétonnes…  Alors que le chauffeur du taxi, lui, savait vraiment où il allait!


DEUX JOURS À CORDOBA

Jour 1: À mon arrivée à mon hôtel, c’était l’heure du diner (ben oui, quin, y’est 15h…).  Je demande à la fille de l’hôtel où je peux aller manger.  Elle me conseille une taberna pas très loin.  J’y cours (ben, pas tant que ça… il doit faire 40o.  Je me modère un peu dans ce temps-là… Je suis-tu contente d’avoir trainé mon éventail-pas-pantoute-andalou-parce-qu’acheté-à-Barcelone-l’année-passée).  J’adore la place.  Un truc hyper local.  J’ose.  Ce midi, ce sera de la queue de taureau.  Oui, vous avez bien lu, de la queue de taureau.  C’est une des spécialités andalouses, alors autant essayer…  Finalement, ça goûte le rôti de palette de bœuf (pas nécessairement acheté en spécial) qui n’aurait pas assez cuit.  Ça s’effiloche et c’est un peu raide sous la dent.  Mais je ne regrette pas mon choix, malgré cela.  Je suis du genre à essayer, quand, au départ, ça s’annonce comestible.  Après, malgré la chaleur, je visite la Catedral Mezquita antigua.  C’est une espèce d’église et de mosquée en même temps, construite quelque part entre le XVIIIe et le Xe siècles (allez-y, sortez vos connaissances en chiffres romains, les amis).  C’est beau, c’est beau, c’est beau.  C’est sur ces images que j’ai décidé d’aller faire la siesta…
En soirée, je me suis faite crouser par un monsieur d’un certain âge (mettons, 60... ça va: j’ai déjà donné) qui m’invitait à aller voir son pestacle de flamenco.  Y’était pas déplacé pantoute, le monsieur.  On a juste jasé, comme ça, des différences entre les peuples, genre entre les Américains, les Canadiens et les Québécois ou les Allemands pis les Espagnols (pas heavy pantoute, non?) et en espagnol, siouplait.  On a ben dû jaser une bonne vingtaine de minutes sur le trottoir (trottoir?  Me semble qu’on était dirèque dans la rue, mais ça se pouvait qu’il y ait eu un trottoir…).  Pis à la fin, il s’est excusé de m’avoir interpellée comme ça, c’est juste qu’il trouvait que j’avais l’air sympathique, que j’avais un beau regard et un beau sourire (oui, c’est vrai, ça m’arrive de marcher toute seule en souriant…).   Quand je me fais dire ça, je ne peux pas m’empêcher de penser à une aventure qui m’était arrivée, à Montréal, il y a peut-être deux ou trois ans.  Je me cherchais une perruque pour me déguiser pour un show quelconque au cégep (avant de découvrir les merveilles de Giggles, juste à côté du cégep…).  Pis j’étais rentrée dans un magasin de perruques, au centre-ville.  La fille m’accroche, en cassant terriblement son français: «Je compwends que tu veux awoir les chfeux longs, paske que t’as un beau face, mais les chfeux couwts, c’est pas pouw twoi.  T’es pas belle les chfeux couwts, tu swais mieux awoir les chfeux longs avec ton beau face…»  Pis là, elle s’était mise à m’essayer toutes sortes de perruques aux cheveux longs hors de prix… C’était pour un show, rappelez-vous.  J’étais toujours ben pas pour payer une couple de cenpiasses pour ça !  Malgré mon «beau face»...
Finalement, je ne suis pas allée au show de flamenco parce que j’ai soupé dans un resto de tapas, mes amis… que c’était pas piqué des vers pantoute (c’est drôle cette expression-là pour parler de la bouffe…).  Plein d’affaires à l’ail…  Une ratatouille andalouse qui ferait damner Daniel Pinard, des calamars frits (y’en mettent partout, énéwé), des pétaques à l’ail à faire mourir ma tante Irène (qui déteste l’ail à s’en confesser!).  Pis de l’alcool pour arroser ça.  Bon, comme j’ai déjà dit, lors du voyage au Mexique l’hiver dernier (Audrey pourrait en témoigner…): «Ben là, t’sais, je prendrais pas mon char…».  Mais je marchais pas mal plus droit qu’au Mexique, par exemple…

Jour 2:  Je suis retournée me promener dans Córdoba avant que la calor rende ça insupportable.  Je suis allée visiter l’Alcazar, un château avec son parc où il y avait plein de fontaines.  C’était super calme.  En sortant de là, j’ai fait deux-trois achats de t-shirts.  La tradition, chez nous, veut que je rapporte des t-shirts à mon père, à Carole et à mon frère.  C’est comme ça.  Maintenant, j’ai même ajouté Éloi et l’enfant-à-naître sur ma liste.  D’ailleurs, peut-être qu’au moment où vous lirez ces lignes, je serai matante pour une deuxième fois…  C’est prévu pour la mi-juillette (pour les ceuzes qui s’inquiéteraient tout à coup, non, c’est pas mon frère qui s’est décidé à partir la famille… c’est plutôt Geneviève, la fille de Carole, qui s’est commise pour la deuxième fois).
Là, groupe, il faut que je mange avant de reprendre la route pour San Fernando.  Parce que si je passe l’heure des restos, je suis faite.  Y’a pu rien d’ouvert et les brûlements d’estomac me reprennent…  Vous dire que j’ai l’estomac tout à l’envers de manger à toutes sortes d’heures et toutes sortes d’affaires, ça se dit pas, moi qui suis toffe, d’habitude, pour manger n’importe quoi n’importe quand.   Là, je suis allée manger dans une taberna muy típica, une patente où il y a un long comptoir et des tabourets d’un bord (parce que l’autre bord, c’est la serveuse édentée qui se promène).  Pis des locaux qui vont manger là.  J’ai assisté à une discussion on ne peut plus z’enflammée entre deux clients et la serveuse, alors que j’étais au milieu de tout ça.  Mais le plus drôle, c’est quand un monsieur (un des deux autres clients, avec moi) a demandé à avoir du beurre pour mettre sur son pain (dans une région productrice d’huile d’olive, c’est un crime de lèse-majesté, à mon avis!).  La serveuse lui a sorti le gros pot de beurre du fridge et elle lui a mis ça sur le comptoir: «Tiens, sers-toi dans le main…»  J’étais sans connaissance.  Je me disais que ça devait être son frère ou une affaire de même.  Pas longtemps après, elle me demande si je veux de la sauce aux tomates avec mon bocadillo.  J’y dit oui, parce que la sauce tomate, ils mettent ça avec toute pis c’est super bon sur un pain crouté toasté (avec un filet d’huile d’olive avant…).  Ben, je vous jure, elle a sorti le pot (genre gros pot de confiture) du fridge, me l’a mis devant moi sur le comptoir pis m’a donné une cuillère pour que je fouille dirèque dedans!  Je veux dire, au Québec, y’a un inspecteur qui passe pis l’établissement est fermé pour insalubrité drette là!  Mais je me suis sentie andalousement intégrée tout à coup...
J’ai fini par prendre l’autobus pour retourner à la gare, en espérant que mon char soit toujours dans le stationnement…  Et oui, ne vous inquiétez pas ainsi: j’ai récupéré mon auto.  J’avais raison.  J’avais foutu mi coche dans un stationnement de courte durée.  Ça m’a couté 25 euros pour une journée et demie…  Finalement, ça ressemble à ce que j’ai payé pour les stationnements des hôtels, à Sevilla et à Granada.  Mais c’est encore bien, immensément bien loin de ce qu’on avait payé, Yves et moi, il y a quelques années à Amsterdam:  90 euros pour une journée.  Oui, vous avez bien lu: 90 euros pour un stationnement pour une journée.  Si vous calculez ça en dollars canayens (parce qu’on finit toujours par payer en dollars canayens), ça fait autour de 140 piasses.  Je répète: 140 piasses pour un stationnement pour une journée.  Mettons que ça nous avait enlevé l’envie d’aller à Amsterdam en char, ça.  En fait, on s’était ramassé là parce qu’on avait raté le stationnement incitatif communautaire (parce qu’on savait pas comment ça s’appelait en néerlandais, notre connaissance de cette langue étrange étant très très limitée).  La fois d’après, je peux-tu vous dire qu’on l’avait trouvé, le stationnement incitatif?  C’était à l’aréna où jouait l’équipe de football d’Amsterdam (l’Ajax, si ma mémoire est bonne) et le soir, quand on avait récupéré notre char, il y avait un show de Phil Collins dans ce stade-là.


DEUX HEURES SUR LA PLAGE EN CE DIMANCHE SOIR          

Je dis la vérité.  Mais je suis aussi allée à la plage vendredi soir et samedi soir…  Je suis faite pour vivre au bord de la mer.  Quand je réussis à me fouetter pour sortir de chez moi, j’adore aller lire avec le bruit des vagues et mettre du sable dans mes livres!  C’est juste que les soirs de fins de semaine, c’est hallucinant le monde qu’il y a là!  Mon côté sauvage reprend un peu la place, dans ce temps-là.  Les (nombreuses) fois où je suis allée à la mer, c’était presque toujours en fin de journée, genre 19h à 21h.  Et je suis toujours sans connaissance de voir que les familles espagnoles sont encore là, avec de très jeunes enfants.  Coudon ?  Ça se couche pas, ces enfants-là?  Pis, en même temps, je regarde les gens: non, mais, c’est quoi l’idée qu’il faut absolument jouer, quand on va à la plage?  Lancer de ballon, de balle, de pseudo-tennis, de frisbee, de mottes de sable mouillé… On joue à la tague, on se court après... Aye!  Ça vous tenterait pas de rester assis tranquille?  Je crie-tu, moi?  Je parle-tu fort, moi?...


DEUX ONCES DE BON SENS…

Ne vous inquiétez pas: je n’ai absolument pas eu l’envie d’aller me faire encorner à Pampelune pour la course du lâcher de taureaux…


DEUX JOURS DE COURS SUPPLÉMENTAIRES

En ce lundi 13 (c’est-tu ben le 13?... je perds le fil un peu…), je reprends l’école.  Deux heures aujourd’hui, deux heures demain.  Cours privés.  Ça a commencé tranquillement ce matin, avec mes quelques questions.  Ma prof, c’était temporairement Yolanda, l’administratrice de l’école.  Une fille ben le fun.  Pis là, après avoir jasé un peu… on a commencé.  Eh cibole…  J’avais affaire à avoir attaché ma tuque avec de la broche.  Yolanda a cédé sa place à Ángeles, sa sœur, et on s’est enlignées sur le condicional, mes amis, que j’avais affaire à comprendre.  Un autre temps de verbe à mettre dans ma soupe.  C’est juste que je trouve qu’y reste pu grand bouillon dans ma soupe; à s’en vient ben épaisse.  Moi aussi, d’ailleurs…  Pis dire qu’Ángeles m’a annoncé qu’on verrait le subjonctif demain.  ¿Óscar?  Ça y est: je suis morte.  Je vous rappelle de ne pas envoyer de fleurs, mais de faire des dons à la Fondation du Cégep André-Laurendeau.

Faque c’est ça qu’on a fait: un peu de subjonctif en ce mardi ensoleillé.  Pas sûre que le soleil m’a aidée à comprendre.  J’ai pas le choix: faut que j’apprenne les terminaisons des verbes et quand ça s’emploie.  Dans l’absolu, je le sais, mais c’est dans l’application que ça se corse.  Par exemple... je dois raconter une histoire (comme ce matin) en utilisant tous les temps de verbes de la Création.  Là, mettons que je veux dire qu’hier, nous avons acheté des souliers (exemple pris au hasard, bien entendu...).  Ben là, faut que je pense: 1-j’ai dit « ayer », donc je dois utiliser le pretérito indefinido.  2-Je veux dire «acheter».  Ça s’est comprar.  Les souliers, pas de problèmes: des zapatos!  3-Terminaison en AR, Comprar, c’est du 1er groupe.  4-C’est-tu un irrégulier, ça?  Me semble que non.  5-Donc, si c’est un régulier, c’est déjà moins compliqué... le sujet, c’est nous, donc 1re personne du pluriel (parce que, n’oubliez pas qu’en espagnol, on dit pas le sujet du verbe).  6-Donc, je récapitule... pretérito indefinido, verbe du premier groupe, 1re personne du pluriel...  Faque là, je passe les 6 personnes dans ma tête, avec leur terminaison respective: É, ASTE, Ó, AMOS, ASTEIS, ARON.  Donc, 1re du pluriel, AMOS... donc, compramos.  Ben oui, cibole, la 1re personne du pluriel des verbes des premier et troisième groupes, au preterito indefinido, c’est pareil comme au présent.  Mais là, j’ai encore rien dit, moi là.  J’ai juste pensé.  J’ai-tu l’air épaisse, vous pensez?  Ça finit par sortir: «Ayer compramos zapatos.»  Tout ça pour ça... Trois petits mots de rien.  Pis je suis fatiguée...  Donc il faut apprendre ça par cœur (je pense que je viens de dire une énormité aux yeux du bien-nommé ministère de l’Éducation, de la Chasse et de la Pêche du Québec: apprendre par cœur.  C’est pas très Réforme, ça.  C’est pas très compétence, ça.).

Je suis d’une grande charité chrétienne…  Pouvez-vous croire qu’il est impossible de trouver le Bescherelle espagnol en Nespagne?  Je vous jure.  Je croyais pas Yolanda quand elle m’a dit ça hier.  Ce matin, en m’en allant à l’école, j’ai fréquenté deux librairies, dont une que j’aime beaucoup… sans voir ledit Bescherelle.  Ben… vous me connaissez…  j’ai donné mon Bescherelle à Yolanda en partant cet après-midi.  Parce que je peux m’en racheter un à Montréal.  Je me méfie de Renaud-Bray comme de la peste parce que mon dictionnaire français-espagnol acheté là est monté à l’envers (y’a quelqu’un, quelque part dans les bureaux là-bas, qui a pas fait sa job de vérification du stock…).  Mais je vais m’en acheter un autre, c’est sûr.  Je ne peux pas vivre sans.


DEUX DERNIÈRES RIDES D’AUTOBUS       

Ce matin, j’ai pris le M010 pour la dernière fois, entre San Fernando et Cádiz.  Pendant dos semanas, je le prenais à 8h20.  Mais hier – et aujourd’hui – je l’ai pris à 10h40, pour cause de cours à 12h (et d’envie de manger un peu avant).  Et ce matin, j’ai pensé que je faisais partie du Club de l’Âge d’Or de San Fernando!  Je vous jure: j’étais l’élément «jeune» dans l’autobus…  En passant à Cádiz, sur l’avenida Andalucía, j’ai remarqué le nom d’une école primaire que je n’avais pas remarquée avant : Escuela primaria Los esclavos del sagrado corazón de Jesús.  Je vous jure.  Faites la traduction, c’est pas dur.
Pis à 15h, j’ai fait ma dernière ride entre Cádiz et San Fernando…  avec à peu près personne.  Nadie.  Tout le monde est en train de diner à cette heure-là, voyons.


DEUX BRASSÉES DE LAVAGE AVANT DE PAQUETER

Je serai sans laveuse pendant deux semaines.  Qu’est-ce que je vais devenir???  Déjà que ça fait un mois bien compté que je me passe de St-Hubert… là, en plus, je n’aurai plus la chance de faire du lavage et d’étendre sur la corde.  Si on m’enlève mes grands bonheurs de l’existence, que va-t-il m’arriver?  Je serai perpétuellement au bord de la crise d’apoplexie.  Alors, avant de paqueter, autant m’assurer que je vais être capable de survivre deux semaines sans brassées.  Et une fois tout ça lavé, on met tout ça dans la valise…


DEUX HEURES DE TRAVAIL, ASSISE À LA TABLE DE LA SALLE À MANGER

Vous savez, au Portugal, je m’en vais pas là en vacaciones…  Je m’en vais en colloque, l’auriez-vous oublié?  Et pour aller jaser 20 minutes, le toujours bien nommé ministère-de-la-Chasse,-de-la-Pêche-et-accessoirement-de-l’Éducation m’a donné 1300 piasses canayennes, billet d’avion compris.  Parce que pour les repas, il donne 46 piasses par jour.  Qui a déjà déjeuné, diné et soupé avec 46 piasses se lève… parce que 46 piasses, ça fait toujours ben juste 30 euros…  Bon, faut quand même que je m’assure de dire des choses intelligentes pendant 20 minutes qui vont valoir 1300 piasses.  Le problème, c’est pas les choses intelligentes. N’en doutez pas: je suis tout à fait capable de tenir des propos sensés.  Le problème, c’est les 20 minutes.  À l’UQAM, je fais 3 cours de 3 heures (ça fait 9 heures, ça) sur la correction des copies.  Dans des formations pédagogiques que je donne aux quatre coins de la province (je suis quand même allée en Gaspésie au début d’avril, ne l’oubliez pas), je fais des formations de trois heures…  Dans les congrès (genre AQPC et AQPF), je réussis à peine à faire ça en 75 minutes en laissant ben du stock dans les coins.  Alors, là, 20 minutes…  Que de choses sensées je ne pourrai dire…  Alors, il a fallu que je retire des diapos de ma présentation PowerPoint.  Je suis partie de celle qui dure 75 minutes… et il y avait 51 diapos.  Je suis rendue à un maigre 9 diapos…  ¡Qué horror!  J’aguis ça.  J’ai l’impression que 20 minutes ne rend jamais justice à l’ampleur des résultats obtenus…  Pas juste pour moi, pour tous les autres présentateurs aussi. Alors, j’ai travaillé en ce mardi soir, pendant que mon linge chesse sur le toit, deux heures pour mettre tout ça en ordre.


DEUX BRASSÉES AVANT LE GRAND DÉPART

C’est ça.  En ce mercredi d’un ciel toujours bleu insolent, une première brassée pour les draps et une deuxième pour les serviettes.  Comme disait Germaine Lauzon, «on mélange pas les torchons pis les sarviettes!», en faisant allusion aux acteurs français qui sont tellement plus beaux que son mari…  (à moins que ça soit Rose Ouimet qui dise ça, je me perds un peu dans les nombreux personnages des Belles-Sœurs…)


DEUX HEURES DE MÉNAGE

Oh, à peine.  Tuseule, pendant un mois, j’ai pas fait grand bordel...  Mais je dois quand même torcher la salle de bain (eh que j’aguis ça...), la cuisine, passer le balai.  C’est fou le sable que j’ai ramassé sur le plancher en marbre.


DEUX VALISES BOUCLÉES

Je suis partie avec une, je reviens avec deux.  C’est comme ça.  Faut dire que j’ai deux fois trois paires de souyers…  Ça fait aussi douze souyers, si on les compte individuellement (mais ça parait pire!).  Pis une couple de livres.  Pis une couple de disques.  Pis deux-trois cossins complètement inutiles.  Comme je savais tout ça, j’avais une valise vide dans ma valise, au départ.  Ben là, est pleine.  Toutes sortes d’affaires que je ne ressortirai pas au Portugal.
L’année passée, Richard était tout content d’arriver à Barcelone avec sa petite valise (ben ben pleine…), pensant qu’il n’allait rien acheter!  Ben quin.  C’est moi qui suis revenue avec toute son nouveau stock!  Faque j’ai su que cette année, il était parti en wéyage avec une valise vide…  C’est fou ce qu’on peut apprendre à mon contact!!!


DEUX HEURES DE TRAIN ENTRE CÁDIZ ET SEVILLA

Je quitterai l’appartement de San Fernando dans quelques instants.  J’ai le cœur serré un peu.  C’est que j’ai vécu ici, j’ai pas juste fait la touriste.  En fait, j’ai bien peu faite la touriste, justement.  Je me levais le matin pour prendre l’autobus avec la plèbe pour aller à Cádiz suivre mes cours.  Je mangeais sur place ou je revenais chez moi, toujours avec la plèbe, dans les transports en commun.  J’allais à l’épicerie: je connais maintenant le SuperCor au coin de chez nous comme le fond de ma poche.  Je savais même ce qui était en spécial, semaine après semaine, mais, bien évidemment, j’achetais pas ça.  J’ai fini par savoir où était le meilleur pain, à quelle heure ouvrait et fermait l’espèce de café à côté de l’arrêt d’autobus, quelles étaient les rues les plus agréables pour marcher entre l’arrêt d’autobus et l’école.  Je n’avais même plus besoin de regarder ma carte pour me déplacer dans le vieux Cádiz.  C’était rendu chez moi.  J’ai vécu avec le vrai monde ici.  Oui, j’ai aussi fait la touriste, mais ailleurs qu’à Cádiz.  Dans des places de touristes.  Alors, ne me demandez pas ce que j’ai vu à Cádiz … je ne sais pas.  J’ai vécu ici, je n’ai pas vu.  J’ai vécu comme les autochtones.  Même si j’ai l’estomac à l’envers.
Je termine mon huitième échange de maison:  le Languedoc-Roussillon, l’Angleterre, la Hollande, Philadelphie, l’Irlande, Marseille, Barcelone… et Cádiz.  Et à chaque fois, je suis bien tombée.  C’est normal, je pense.  Faut avoir l’esprit un peu aventureux et le désir de faire confiance pour s’embarquer dans un échange comme ça.  Alors, forcément, je tombe sur des gens comme ça.  C’est dommage qu’Arturo habite à Cádiz … parce que je l’aurais adopté!
Mais là, ça tire définitivement à sa fin.  Deux heures de train entre San Fernando-Bahía Sur et Sevilla.  Parce que demain, avion entre Sevilla et Lisbonne.  Au moins, je termine ça par deux heures de bonheur.  Parce que le train, c’est un peu comme le St-Hubert et le lavage.  Orgasme assuré.


…DEUX SEMAINES À VENIR AU PORTUGAL

Je vous embrasse, espagnolement.
Julie

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